Zénon, pendant ce temps, écrivait à son père. La tendresse filiale le pressant de tout dire, il avoua ingénûment à Pan Mirolawski qu'il aimait la plus parfaite créature qui fût au monde et qu'il était résolu à ne retourner qu'avec elle dans la maison paternelle.
Le silence que son père, ordinairement si prompt à partager toutes ses impressions, opposa à cette lettre, ne laissa pas que de l'inquiéter.
—Peut-être est-il malade? dit-il à Mordicaï. Va vite me chercher des nouvelles.
Zénon s'occupait alors à battre le blé en grange ou à scier du bois dans la cour du château, et la comtesse Marie, qui jusque-là ne visitait guère les communs, avait pris depuis peu l'habitude de venir souvent prêter l'oreille au chant populaire qui accompagne si gaîment la cadence des fléaux. La première neige étant tombée, elle restait debout, des heures entières, à souffler sur les vitres ternies par les frimas, pour entrevoir Zénon, dont la fière tournure se dessinait sur le sol blanc, brisant à grands coups de cognée des billes de bois énormes.
Puis, le soir, quand Zénon, assis dans le fournil au milieu des serviteurs rassemblés, charmait ces derniers par de curieux récits, on voyait Marie-Casimire entrer sous quelque prétexte et s'asseoir sur un banc près du poêle. L'esprit naturel et la sagesse acquise du prétendu Paschal l'étonnaient de plus en plus. Un soir, Zénon parlait de Pawluk, hetman des Cosaques, lequel fut fait prisonnier par les Turcs et vendu au sérail, d'où il s'échappa en compagnie d'une jeune sultane, qui suivit l'esclave jusque dans son pays sauvage, par-delà les flots bleus de la mer.
Comme Marie-Casimire riait dans son coin:
—Cette histoire vous paraît absurde? lui dit tristement Zénon.
Elle ne répondit pas; mais, un peu plus tard, elle lui commanda d'une voix brève de prendre la lanterne pour l'éclairer jusqu'au perron du château. Tandis qu'ils traversaient la cour:
—Veux-tu savoir pourquoi j'ai ri? demanda la jeune comtesse en s'arrêtant tout à coup. Je me disais que c'était grand dommage que je ne fusse pas sultane. Voudrais-tu être mon esclave?
Zénon se mit à genoux.