La nuit même, Zénon fut réveillé en sursaut par Mordicaï, qui lui annonça que son père venait d'arriver et qu'il l'attendait dehors.

Après les premières effusions de joie:

—Où est celle que tu as choisie? demanda Pan Mirolawski. Mordicaï prétend tout ignorer. Tu veux me donner pour bru une paysanne, sans doute? Eh bien! mon fils, pourvu qu'elle t'aime seulement et qu'elle ait de l'honneur...

—Elle a de l'honneur autant que femme au monde, interrompit Zénon, quoique ce soit une grande dame, la fille du riche comte Dolkonski, et elle m'aime, quoiqu'elle me prenne pour un paysan.

—Noble créature! s'écria Pan Mirolawski avec une de ces explosions d'enthousiasme juvénile qui étaient le charme de son caractère faible et léger. Demain, je veux la demander en ton nom...

—Gardez-vous-en bien! répliqua Zénon. J'ai un autre projet, un projet que vous m'aiderez à réaliser. Tout ce qu'il faut pour le moment, c'est que vous pénétriez dans le château et que vous fassiez parvenir en secret à Marie-Casimire une lettre de moi. Dans cette lettre, je lui demanderai de fuir avec Paschal le paysan. Et ainsi je serai sûr qu'elle m'aime de l'amour absolument désintéressé que j'ai besoin de rencontrer chez ma femme, chez la compagne de ma destinée, entendez-vous?

Le projet parut charmant à Pan Mirolawski, toujours prêt aux aventures.

Le lendemain, il arriva officiellement au château, y reçut l'hospitalité la plus affable et fut invité à dîner. En apercevant la bien-aimée de Zénon, ses yeux se remplirent de larmes. Il s'approcha d'elle et la baisa au front. Le comte Dolkonski trouva cela bien sentimental; mais Marie-Casimire, attendrie, fléchit le genou devant ce vieillard naïf qui l'embrassait paternellement, et lui demanda de la bénir: ce que fit Pan Mirolawski, ses deux mains appuyées sur ce beau front.

Lorsque Marie-Casimire, à la fin du dîner, remonta dans sa chambre, elle trouva dans la poche de sa kazabaïka une lettre que le père de Zénon lui avait adroitement glissée sans qu'elle s'en doutât. Le coeur palpitant, elle lut:

«Ma chère maîtresse, si vous m'aimez, partez avec moi cette nuit. Tout est disposé pour notre fuite. Faites seulement un signe favorable à votre esclave.»