La courageuse fille n'hésita pas: elle descendit dans la cour, où Zénon attendait sa réponse, et dit en passant auprès de lui:

—Je suis prête.

Puis elle revint sur ses pas et demanda, toujours à voix basse, du même air indifférent:

—L'heure?...

—A dix heures, sur la terrasse, répondit Zénon en détournant la tête.

A dix heures, un traîneau de paysan s'arrêta devant la petite porte du jardin: le cocher, dont il eût été impossible de reconnaître les traits sous le vaste bonnet de peau d'agneau qui descendait jusque sur son nez, n'était autre que Pan Mirolawski, complice de l'enlèvement de Marie-Casimire, comme il l'avait été de la fuite de son fils. Annulé toute sa vie par une femme impérieuse, le bonhomme trouvait piquant de jouer un rôle sur ses vieux jours.

La comtesse Marie parut sur la terrasse enveloppée d'une pelisse, et la sorcière Patrowna, sortant d'un buisson couvert de neige, la conduisit jusqu'au traîneau, telle qu'une mystérieuse figure du destin. A la porte se tenaient Zénon et Mordicaï. Le premier se jeta passionnément à genoux et baisa les pieds de la jeune comtesse avant de la placer dans le traîneau. Le juif s'était élancé à côté du cocher.

—Mon philtre a donc réussi! murmura Patrowna à l'oreille de Zénon.

Un claquement de fouet, un bruit de clochettes, et l'heureux couple vola au galop à travers la plaine blanche. Personne ne dit un mot pendant le voyage.

De temps en temps, Marie-Casimire serrait la main de son amant, assis sur la paille auprès d'elle. Ce ne fut qu'en atteignant Ostrowitz, où ils s'arrêtèrent dans la maison du garde, que Paschal le paysan se fit connaître pour Zénon Mirolawski. Elle ne témoigna ni joie ni trop grande surprise. Pressée contre son coeur, elle lui dit: