—Je crois que cet homme est ivre! s'écria Warwara.
—Pas du tout, répondit-il.
Et en effet le malheureux était à jeun. Il ne trébuchait ni ne bégayait; ses yeux n'avaient pas cette faible lueur propre aux yeux d'ivrogne; seul, son nez brillait rouge-foncé comme une lampe qui s'éteint.
—Il faut que je te remercie, ma bienfaitrice, s'écriait Petschenischintschenko avec un mélange d'enthousiasme et d'ironie, je te dois la liberté, le plus grand des biens. Oui, tu m'as délivré! Qu'est-ce que l'argent en effet? Rien! Rien qu'un souci, un fardeau! Tu m'en as débarrassé avant le grand voyage qui nous force tous, tôt ou tard, à y renoncer. Tu m'as donné la liberté. Il faut que je t'embrasse.
—Si tu approches, je te fais chasser à coups de pied, entends-tu? cria la baronne.
—Pourquoi? parce que je me serai montré reconnaissant, parce que je t'aurai embrassée?
—Martschine! appela madame Bromirska de toutes ses forces.
Mais Martschine fut jeté au loin comme une plume par le grand paysan, qui étreignit la baronne, quoiqu'elle se défendît, et l'embrassa d'abord sur la joue droite, puis sur la joue gauche; après quoi il s'essuya la bouche avec sa manche et s'en alla en chantonnant:
La fille a des yeux noirs,
Une fossette au menton!