C'était peu de temps après son entrée à la seigneurie. Le jour de la fête de Warwara était proche, et Martschine fut appelé dans l'appartement de sa maîtresse pour y apprendre par coeur, avec l'aide de cette dernière, le compliment qu'il devait réciter au nom de tous les autres domestiques.

L'aide que lui prêtait la baronne consistait en grands coups de chasse-mouche distribués sur la joue, l'oreille ou les jambes chaque fois que la mémoire se montrait récalcitrante. Et Martschine s'arrêtait plusieurs fois à chaque vers; le premier surtout paraissait lui offrir des obstacles insurmontables. Il commençait ainsi: «Sois saluée, toi, soleil de nos jours!»

Même après qu'il eut réussi à retenir tout le reste du compliment, Martschine continua d'hésiter à la première ligne. Il fallait que sa maîtresse la lui dît, et alors tout le reste suivait comme par enchantement. De même jaillit la mélodie d'une pendule à musique aussitôt qu'on a poussé le bouton. La veille de la fête, la baronne lui fit passer un dernier examen; il s'arrêta comme de coutume:

—Donne-moi ta main, s'écria-t-elle, impatientée, en levant le chasse-mouche.

Martschine tendit la main, mais il la retira si vite que le coup ne toucha que le plancher.

—Ta main! entends-tu?

—Je ne peux pas, madame...

—Comment?

—Non, voyez, elle se retire d'elle-même...

—Es-tu donc si lâche?... Obéis!...