— Dans trois jours, répondit-il. Toutefois, si vous désirez partir avant Byrd, ce délai peut être réduit, en poussant activement les travaux.
Le programme de l’aviateur américain diffère complètement du nôtre. Byrd se propose uniquement d’atteindre le Pôle Nord et de revenir aussitôt après à sa base de départ, tandis que nous, nous voulons tenter la traversée de la calotte arctique dans toute son étendue. L’arrivée au Pôle ne constitue qu’un simple épisode de notre voyage. Dans ces conditions, loin de nous la pensée de courir un match, dirigeable contre avion, avec notre ami américain. Poursuivons donc nos préparatifs tranquillement ; une hâte fébrile pourrait en compromettre la bonne exécution.
Épuisé par quarante-quatre heures de vol, l’équipage a un besoin urgent de repos. Seulement, lorsqu’il aura réparé ses forces, il se mettra à l’œuvre. Les besognes à effectuer sont fort variées. Avant de lancer le ballon dans l’inconnu, il est nécessaire de réparer plusieurs de ses organes essentiels avariés pendant le trajet de Léningrad au Spitsberg. Au témoignage du colonel Nobile, dans des circonstances ordinaires, ces travaux exigeraient plus d’une semaine ; en trois jours ils furent achevés, tant les mécaniciens déployèrent d’ardeur à la besogne.
Pendant que, sous la direction du major Vallini et du capitaine Precerutti, les Italiens préparent l’aérostat, les Norvégiens embarquent les approvisionnements. Qu’une panne, irréparable avec les moyens du bord se produise pendant la traversée du bassin arctique, et que le Norge soit réduit à l’état d’épave, nous nous trouverons isolés au milieu de l’immense banquise en dérive sur l’océan polaire. Pour atteindre la terre la plus proche, nous aurons alors à accomplir une longue et périlleuse retraite. De là, l’obligation d’emporter le matériel et les vivres nécessaires à notre subsistance pendant cette marche.
Les approvisionnements ont été calculés pour seize hommes pendant deux mois, à raison de 350 grammes par jour et par tête. Cela fait dans les 275 kilogrammes. La ration quotidienne se compose de pemmican[8], de chocolat, de biscuit et de poudre de lait séché. 350 grammes par jour, quand l’on doit peiner, c’est juste de quoi ne pas mourir de faim.
[8] « Qu’est-ce que le pemmican ? écrit Riiser-Larsen. Pour répondre à cette question, le plus simple est de donner ici la recette de cet aliment. Vous faites sécher de la viande à une température la moins élevée possible, afin qu’elle garde sa saveur, puis vous la pulvérisez et mélangez la poudre ainsi obtenue à des légumes secs également pulvérisés. Vous versez dans de la graisse liquide et faites couler dans des moules où le tout se solidifie en tablettes. Cinq kilos de viande produisent un kilo de poudre ; sous son petit volume le pemmican est donc un aliment très nutritif. »
(Expédition Amundsen-Ellsworth : En Avion vers le Pôle Nord, par Roald Amundsen. Traduit par Charles Rabot, p. 204.)
Instruits par l’expérience de l’an dernier, nous emportons une copieuse provision de tabac. Nous ne pourrons naturellement fumer à bord, mais nous ne savons où nous atterrirons.
L’équipement se compose de tentes et de sacs de couchage, afin de pouvoir camper sur la glace, de skis, de raquettes à neige et d’un traîneau destiné au transport du matériel et des vivres. Tout à la fois solide et léger, ce véhicule est un chef-d’œuvre d’ingéniosité, dû à notre ami Wisting. La banquise étant découpée de canaux, parfois même d’étangs, nous embarquons un bateau pliant pour franchir ces flaques d’eau. Si nous opérons une descente forcée très loin de tout secours, la chasse nous fournira peut-être des ressources alimentaires ; en vue de cette éventualité, notre équipement comprend des fusils et des munitions[9].
[9] Lincoln Ellsworth : Vaerdien av polaropdagelser, Mit livs store eventyr. (Aftenposten. Oslo, No du 18 décembre 1926, édition du matin.)