Nous sommes descendus à 90 kilomètres à vol d’oiseau de Nome, le point où primitivement nous avions formé le projet d’atterrir. Il est, à ce moment, 8 heures et quelques minutes (temps moyen de Greenwich).

Ainsi la première traversée d’Europe en Amérique par la voie des airs, en passant par le Pôle Nord, a été accomplie en 71 heures.

Quelques instants après notre débarquement, une rafale couche le ballon sur le côté, sans lui causer heureusement de graves avaries.

Les indigènes, des Esquimaux pour la plupart, nous font une cordiale réception ; ils nous offrent un repas chaud, le premier que nous ayons pris depuis trois jours ; ensuite, nous allons dormir, non sans avoir pris la précaution de placer en lieu sûr nos documents et nos instruments. Nous tombons littéralement de sommeil.

CHAPITRE XIII
Le retour.

Le démontage du ballon. — Accueil boudeur de Nome. — Réception enthousiaste aux États-Unis. — A travers l’Atlantique. — Fêtes en l’honneur de l’expédition à Bergen et à Oslo. — Résultats de l’expédition.

Par R. Amundsen, Lincoln Ellsworth et F. Malmgren.

Dès le lendemain de notre arrivée à Teller, nous commençons à démonter le ballon. Ses différentes parties sont ensuite soigneusement emballées ; dès que la navigation sera ouverte, tout le matériel sera expédié au sud.

Ces travaux terminés, nous gagnons Nome sur une embarcation à moteur que nous trouvons ici. Avant l’hiver, elle a été tirée au sec et remisée sous un hangar ; pour l’amener au rivage ce n’est pas un mince labeur. Nous la chargeons sur un traîneau tiré par des chiens, et seulement après de laborieux efforts, parvenons à la mettre à l’eau. Cela fait, quelques heures plus tard, nous arrivons à Nome.

Lorsqu’en 1906, après avoir accompli le Passage du Nord-Ouest, Amundsen avait abordé dans cette ville, ses habitants lui avaient ménagé une réception enthousiaste. Cette fois, l’accueil que nous recevons est plus que frais. Ainsi que nous l’avons déjà exposé, notre projet était de terminer notre voyage à Nome. Aussi bien les indigènes avaient-ils fait de grands préparatifs à notre intention. Une circonstance fortuite nous ayant empêché de mettre à exécution notre programme, ils nous manifestèrent leur déception en affectant de nous ignorer. Peu importe à ces gens que ce fût pour nous une question de vie ou de mort d’atterrir le plus tôt possible ; ils avaient été frustrés de la publicité que notre descente dans leur ville aurait valu à son nom et tous firent le vide autour de nous, sauf cinq ou six amis de vieille date.