CHAPITRE XIV
L’état de l’atmosphère pendant le vol et la prévision du temps en vue du voyage.
Les phénomènes atmosphériques considérés au point de vue de la sécurité d’un dirigeable. — Danger du givre. — Organisation de la prévision du temps en vue de l’expédition. — Observations météorologiques au cours du voyage de Rome à Teller en passant par le Pôle.
Par F. Malmgren.
Presque toutes les difficultés contre lesquelles le Norge a eu à lutter pendant le voyage de Rome jusqu’à la côte d’Alaska, ont été déterminées par des phénomènes atmosphériques. Chaque fois que les conditions météorologiques indispensables au succès du vol ont fait défaut dans une mesure plus ou moins grande, le ballon s’est trouvé dans une situation délicate. Quoi qu’il en soit, on peut dire que, d’une manière générale, le temps a été très bon pendant les différentes étapes de notre longue randonnée. Cette circonstance n’a pas été le fait du hasard ; elle est due tout entière à l’excellente organisation de notre service météorologique. C’est grâce à ses avertissements et aux recherches poursuivies avant l’expédition que nous avons réussi à prendre le départ à des dates où nous avions les plus grandes chances de rencontrer un état favorable de l’atmosphère.
Le Pôle Nord. Les trois taches sur la glace représentent les pavillons de Norvège, d’Italie, et des États-Unis.
Avant d’exposer le fonctionnement de notre service d’annonces météorologiques et les travaux auxquels je me suis livré pendant le voyage, je passerai en revue les phénomènes de l’air susceptibles d’exercer une influence sur le vol d’un aéronef.
Le vent est l’élément météorologique capital en matière de navigation aérienne. A l’égard d’un dirigeable, son importance est considérable, non seulement pendant le vol, mais encore lors de l’atterrissage et du départ. Le vent rend, en effet, périlleuse la sortie du hangar comme la rentrée dans ce hall ; il peut drosser le ballon contre les supports de la porte. Or, la fragile charpente d’un aéronef ne supporterait pas, sans dommage, un choc pareil à celui qui se produirait en pareil cas. Le danger est particulièrement grand, lorsque la brise prend l’aérostat par le travers pendant ces opérations ou lorsqu’elle souffle par rafales. Même si sa vitesse ne dépasse pas 4 à 5 mètres à la seconde, la manœuvre devient sujette à de grands risques. Au moment des départs et des atterrissages, le vent est donc souvent la source de très graves difficultés. Au cours du voyage de Rome à Teller, trois fois il nous a empêchés de sortir ; trois fois, par suite, le vol a dû être remis, bien que tous les autres éléments météorologiques fussent favorables.
Pour remédier à ces inconvénients, on a imaginé les mâts d’amarrage, lesquels permettent d’appareiller et d’atterrir même par une brise relativement fraîche et quelle que soit sa direction.
Le vent joue en outre, cela va sans dire, un rôle considérable pendant le vol. Un aéronef n’atteint pas la vitesse considérable de l’avion ; le Norge, par exemple, à allure normale ne dépassait pas 80 kilomètres à l’heure. Aussi bien, un vent debout de force moyenne réduit-il notablement sa vitesse vraie. En second lieu, une fraîche brise par le travers détermine une forte dérive ; d’où l’obligation de louvoyer ; d’où également perte de vitesse vraie. Si, au contraire, elle souffle par l’arrière, elle accélère la marche ; encore faut-il qu’elle ne soit pas trop forte, une tempête même venant de cette direction expose le dirigeable à de graves dangers. Les tourbillons et les autres perturbations de l’atmosphère, qui accompagnent les coups de vent, soumettent, en effet, ses diverses parties à des efforts différents, et peuvent amener une rupture de sa charpente. Pendant le voyage de Léningrad à Vadsö, le Norge a rencontré des tourbillons de ce genre pendant la traversée de l’isthme séparant les grands lacs Ladoga et Onéga. Selon toute vraisemblance, ces phénomènes étaient déterminés par les mouvements que les couches d’air recouvrant les lacs encore glacés et celles situées au-dessus des terres riveraines éprouvaient avant d’arriver à un état d’équilibre.