[26] Chaque été des bateaux de 30 à 40 tonnes montés par une dizaine d’hommes partent des ports de la Norvège septentrionale pour aller chasser le phoque, l’ours blanc, le morse au Spitzberg, à la Nouvelle-Zemble ou à la côte est du Groenland. (Note du traducteur.)

Il est 21 heures. Dietrichson a terminé le calcul de ses observations ; le résultat nous place tout près du cap Nord de la terre du Nord-Est, précisément le point de la côte du Spitzberg vers lequel nous avions fait route. Si le pilote a conduit l’avion avec une maîtrise incomparable, l’officier chargé de la navigation mérite, lui aussi, de non moindres éloges pour avoir tenu le cap indiqué avec autant de précision.

… Le voilier se dirige vers le large, évidemment il ne nous a pas aperçus. Il marche très vite ; sans aucun doute, il est muni d’un moteur.

Que faire ? nous demandons-nous, nous autres débutants en matière de navigation aérienne, et qui, par suite, n’avons pas l’habitude des décisions rapides qu’elle comporte. Que faire ? interroge Riiser-Larsen. « Embarquez toujours, vous le verrez ensuite. » En hâte, nous rassemblons les ustensiles de cuisine et reprenons place dans l’appareil ; le moteur est mis en marche et nous voici lancés à la poursuite du bateau. Fendant la mer à toute vitesse, quelques minutes plus tard, nous stoppions le long de son bord.

C’est le cutter Sjöliv, du Balsfjord[27], capitaine Nils Vollan. Il met à la mer un canot ramé par deux matelots. Capitaine et équipage montrent d’abord une certaine défiance à la vue de notre troupe barbue et noire de crasse, mais cela dure peu. M’étant tourné de leur côté, ils me reconnaissent ; aussitôt, à leur réserve succède une cordialité agissante.

[27] Fjord voisin de Tromsö (Norvège septentrionale). (Note du traducteur.)

Notre provision d’essence étant presque épuisée, je demande à Vollan de nous remorquer jusqu’à la baie du Roi. Il accepte immédiatement ; ce brave marin nous remorquerait jusqu’en Chine, si je l’en priais. Quelle joie cet excellent homme manifeste en nous recevant à son bord, et quelle franche hospitalité il nous offre.

Dès que des amarres ont été frappées sur le N-25, nous montons à bord du Sjöliv.

Maintenant l’expédition se trouve terminée, et bien terminée. Nous nous serrons alors les mains avec émotion, sans dire mot. La chaleur de l’étreinte exprime mieux que la parole les sentiments de reconnaissance que nous éprouvons les uns à l’égard des autres.

Le capitaine nous invite à descendre dans sa cabine ; elle n’est pas grande, deux mètres carrés environ ; après quatre semaines passées sur la banquise, combien cependant elle nous semble confortable. Préoccupé de nous recevoir du mieux qu’il peut, cet excellent homme nous abandonne son propre domaine. Les deux cadres de la cabine sont suffisamment spacieux pour que quatre d’entre nous puissent y dormir. Nos deux autres camarades s’installeront dans le poste de l’équipage.