« — Une tasse de café ? nous demande Vollan.
« — Oh ! oui, volontiers, et ensuite une bonne pipe ! »
Notre provision de tabac étant épuisée depuis plusieurs jours, la privation de fumer nous était particulièrement pénible.
Après le café, des œufs sur le plat, des beefsteaks de phoque. Nous engloutissons tout, bien qu’auparavant nous nous fussions promis de nous tenir sur la réserve, lorsque nous retrouverions l’abondance. Après notre diète prolongée, cela eût été prudent.
LE SPITZBERG. — Face à l’océan Glacial arctique, le cap Nord près duquel Amundsen amérit, au retour de son envol vers le Pôle.
Au début, le remorquage de l’avion s’opère dans d’excellentes conditions. Plus avant dans la nuit, la brise fraîchit ; par moment, elle tombe des montagnes en rafales furieuses. Avant l’Hinlopen Strait, fouettée par ces coups de vent, la mer devient si grosse que le Sjöliv doit aller mouiller sous la côte. Seulement à 5 h. ½ du matin, après avoir absorbé je ne sais combien de soupers, nous songeons à prendre un peu de repos.
A 11 heures, de nouveau nous sommes debout. Des rafales descendent toujours des montagnes et l’ancrage est mauvais. Nous faisons alors route vers la baie la plus proche. Si nous y découvrons un emplacement offrant toute sécurité, nous y laisserons le N-25 et partirons pour la baie du Roi. Très certainement le Hobby ou quelque autre vapeur nous attend dans ce dernier fjord ; il nous ramènera ensuite vers notre avion, et par la voie des airs nous rallierons notre base de départ.
La baie la plus proche est la Brandewijnsbay, la baie de l’Eau-de-vie. Sur nos lèvres, ce nom fait naître un sourire : « Est-il licite d’entrer dans un mouillage portant semblable appellation ? nous demandons-nous[28]. »
[28] Allusion au régime sec en vigueur en Norvège depuis plusieurs années et qui soulève de nombreuses protestations dans le pays.