A son extrémité supérieure, la baie en question est encore garnie d’une solide banquette de glace adhérente à la terre. Nous hissons dessus l’avion ; il sera là complètement à l’abri, et, à 20 heures, nous appareillons pour la baie du Roi.

Les deux avions sur la banquise à 254 kilomètres du Pôle.

La traversée de l’Hinlopen Strait fut mouvementée ; la mer était grosse et le Sjöliv s’en donna à cœur joie de rouler et de tanguer.

17 juin. — Toute la journée, longé la côte nord du Spitzberg. Un soleil resplendissant, chaud même, un véritable temps d’été. Rencontré plusieurs « phoquiers ». Nous les hélons pour avoir des nouvelles du Hobby ; aucun n’a rencontré notre bateau.

En passant devant le port Virgo, le Sjöliv hisse son grand pavois. Par cette manifestation nous voulons rendre hommage à la mémoire d’Andrée, l’audacieux qui, le premier, en 1897 tenta de pénétrer dans l’inconnu de l’océan Glacial par la voie des airs. Nul plus que nous n’est qualifié pour glorifier ce héros. Devant le rivage, témoin de son téméraire départ, nos pavillons sont abaissés en signe de respect.

A 23 heures, nous doublons le cap Mitra. La baie du Roi s’étend là devant nous. La vue de ce paysage ami nous cause un sentiment d’intense satisfaction. La glace a complètement disparu, et, sur les eaux libres du fjord des troupes d’oiseaux s’ébattent joyeusement au soleil. A mesure que le Sjöliv pénètre dans la baie, l’attente grandit parmi nous.

« Le Hobby est-il au mouillage ?

« Non, répond le capitaine installé dans le nid de corbeau[29] pour mieux voir. Il n’y a qu’un charbonnier à quai. »

[29] Tonne vide placée au sommet du grand mât des navires naviguant dans les mers encombrées de glace. Installé dans ce poste commandant un horizon, le capitaine peut distinguer les canaux ouverts au milieu de la banquise et par suite diriger la marche de son bateau.