[32] Fuglö, île au nord de Tromsö.

Un peu plus loin, un paquebot postal nous croise. Aussitôt il hisse son grand pavois, tire des salves, pendant que passagers et équipage poussent de longues acclamations. C’est le premier salut que nous adresse le pays natal. Inattendu, il nous va droit au cœur.

En approchant de Tromsö, nous distinguons un grand mouvement sur rade. Deux vapeurs pavoisés, chargés d’une foule joyeuse, avancent au-devant de nous : plus loin l’Hobby, lui aussi, en tenue de fête, est couvert de spectateurs. Discours, salves, hurrahs ; les habitants de cette ville du Nord nous reçoivent avec la chaleur de sentiments qui fait le renom de leur hospitalité.

Pendant toute notre navigation le long de la côte de Norvège, un temps resplendissant. Pas un village, pas une maison qui ne soit pavoisé, et, partout, des réceptions enthousiastes. De temps à autre, nous rencontrons un petit bateau pêcheur solitaire ; quand nous le rangeons, son équipage se lève, et, tête-nue, nous crie ses souhaits de bienvenue. Si simple, mais si vraie, cette manifestation me touche profondément, plus profondément même que les cérémonies officielles. Devant la sympathie de ces humbles, j’ai les larmes aux yeux, je me sens la gorge serrée.

Au large de Kristiansand, quatre Hansa-Brandenburg volent à notre rencontre, nous apportant les félicitations de l’armée et de la marine. Après avoir évolué autour de l’Alb.-W.-Selmer, ils s’éloignent pour rejoindre leur centre.

Au cours de l’après-midi du 4 juillet, nous entrons dans le fjord d’Oslo ; aussitôt, les hurrahs éclatent de tous côtés, sur terre, sur mer, dans l’air. A Fugle-Huk nous mouillons ; alors se produit la scène la plus émouvante que nous ayons vécue depuis notre retour, la première entrevue de nos aviateurs Riiser-Larsen et Dietrichson avec leurs femmes. L’échelle est abaissée, toutes les têtes se découvrent devant ces deux nobles épouses si courageuses. Elles, aussi, ont tant souffert pendant notre voyage. Que n’ai-je les moyens de les recevoir à notre bord comme deux reines, deux reines parées des plus hautes et des plus nobles vertus de la femme.

A 23 heures, l’Alb.-W.-Selmer entre dans le port de Horten. Je renonce à raconter l’accueil que nous y recevons : un véritable Conte des Mille et Une Nuits.

Pour la première fois depuis mon retour je foule le sol de la Norvège. Cette ville m’a rendu tant de services que je suis heureux de lui témoigner ma gratitude. A toutes mes expéditions la marine nationale[33] n’a-t-elle pas prêté un très utile concours, à celle qui vient de se terminer en particulier ? N’est-ce pas grâce à ses aviateurs, n’est-ce pas grâce aux grandes qualités qu’elle sait développer chez ses officiers que notre vol polaire a pu s’accomplir ?

[33] Horten est le port militaire de la Norvège. (Note du traducteur.)

Enfin, arriva le grand jour, le 5 juillet, l’inoubliable réception à Oslo. Un soleil flamboyant, un vrai ciel de fête. Ayant tous embarqué dans le N-25, nous volons vers la capitale, parée de ses atours de gala, au bruit des hurrahs poussés par des milliers de spectateurs. Qui pourrait décrire le spectacle, lorsque notre appareil se pose sur l’eau au milieu d’une foule innombrable de bateaux, puis la réception au débarcadère, le cortège triomphal à travers la ville, l’audience chez le roi, et, pour couronner cette solennité grandiose, le dîner au Château ? Maintenant, tout cela est le passé, et il n’en subsiste qu’une auréole de souvenirs magnifiques, inoubliables.