Nous étions convenus que le voyage jusqu’à la côte septentrionale du Spitzberg constituerait un vol d’essai ; si un des appareils ne donnait pas entière satisfaction à son pilote, l’escadrille, une fois parvenue dans cette région, reviendrait à la baie du Roi.
Le N-25 poursuivant sa route, c’est donc que tout va bien à son bord. Quelques instants plus tard, je vois le thermomètre indiquant la température de l’eau du radiateur pour le moteur arrière, placé sur la planchette du bord, monter d’une manière extravagante. Immédiatement, je presse le bouton de la sonnerie électrique reliant mon habitacle à la chambre à essence. Aussitôt Omdal arrive ; après avoir regardé le thermomètre, il disparaît instantanément. Mon camarade glisse comme un serpent à travers les boyaux étroits de l’appareil.
Du coin de l’œil, je regarde en arrière, je vois alors que les volets du radiateur ne sont pas entièrement ouverts. Après qu’ils le sont complètement, la température continue à monter ; bientôt elle dépasse 100°. Nous allons être obligés de descendre. La perspective n’est pas précisément rassurante ; la banquise que l’on entrevoit à travers les déchirures de la brume est toute hérissée de grosses saillies ; un atterrissage sur ce terrain entraînera certainement le bris de l’appareil.
… La température du radiateur monte toujours, 115° ! Finalement le thermomètre éclate ; du coup mon espoir dans le succès de notre entreprise tombe à 0°.
Je sonne une seconde fois Omdal. Cette fois il tarde à venir ; il est évidemment très occupé. A mon grand étonnement le moteur arrière continue à marcher sans à-coup, néanmoins, par prudence, Je réduis la vitesse à 1.600 tours ; quoi qu’il en soit, à chaque instant je m’attends à quelque rupture fatale.
Comment le moteur avant fonctionne-t-il ? Je me le demande avec angoisse. Le radiateur est, en effet, commun aux deux moteurs. Après quelques instants d’attente qui me semblent des heures, voici Omdal. Mon inquiétude est extrême.
— Comment cela marche-t-il ? lui demandai-je anxieusement.
— All right, tout va à merveille, répond-il imperturbablement.
Après avoir vu la température de l’eau du radiateur monter à 115°, pareil optimisme me paraît tant soit peu exagéré, pour ne pas dire plus. Le moteur ne fait entendre, il est vrai, aucun bruit suspect ; j’espère par suite pouvoir continuer le vol en manœuvrant prudemment ; chaque minute qui s’écoule sans amener de catastrophe fait renaître en moi la confiance.
… De conserve les deux grands oiseaux volent vers la froide et inhospitalière région du Pôle, depuis des siècles, enjeu de sanglantes batailles contre les glaces.