La « jeune glace », sur la partie de l’étang voisine du camp augmente d’épaisseur ; nous nous en réjouissons, pensant que cette surface unie pourra nous servir de champ de départ.

L’après-midi, Amundsen et ses compagnons nous aperçoivent enfin. Ils agitent de droite et de gauche leur pavillon, l’appel en usage dans la marine militaire pour annoncer la transmission d’un message. Je ne suis pas long à grimper sur un monticule, et alors commence l’échange des signaux. En raison de l’éloignement, l’emploi de la jumelle est nécessaire ; par une basse température comme aujourd’hui, une buée se dépose rapidement sur les verres ; de là, nécessité de les essuyer souvent, par suite, une très grande lenteur dans les communications.

Amundsen annonce qu’il se trouve dans la glace à 20 mètres de l’étang et qu’il travaille à dégager son appareil. Le N-25 est intact. Le chef nous prescrit de le rejoindre, si notre avion est avarié, en apportant nos vivres, notre hache, notre dérivomètre. De notre côté, nous lui faisons passer le message suivant : « Croyons pouvoir prendre notre départ sur la glace ; notre appareil ayant une grosse voie d’eau, impossible de nous poser sur l’étang. »

Quel soulagement cet échange de nouvelles nous procure ! Maintenant nous respirons.

Dans la nuit du 23 au 24, fraîche brise et chasse-neige avec 11 à 12° sous zéro. Le vent souffle de plein fouet dans la tente ; fabriqués avec des peaux minces en vue d’une campagne d’été, les sacs de couchage nous protègent mal ; nous souffrons cruellement du froid.

Malgré cela, nous nous refusons le luxe du chauffage avec nos excellents appareils Therm’x. La consommation de carburant pendant le voyage ayant été relativement faible, le stock que nous possédons encore dépasse les prévisions : un demi-cylindre en sus de la moitié de la quantité embarquée. Mais qui sait combien le retour exigera du précieux liquide. Donc, l’économie la plus stricte s’impose.

Pendant la journée du 24 mai, l’étang gèle entièrement. La voie d’eau de notre hydravion augmente dans de grandes proportions. Aussi bien la formation de cette nappe de glace autour de l’appareil nous est très utile ; s’étendant sous ses « nageoires », elle l’empêchera d’enfoncer, si nous venons à suspendre le pompage ! Chaque jour ce dernier exercice absorbe plusieurs heures, quand nous avons à effectuer tant d’autres travaux pressants.

L’après-midi, Omdal termine le remplacement des soupapes ; dès lors, pensons-nous, l’appareil se trouvera en état de vol.

Par un froid aussi rigoureux et dans l’impossibilité où nous nous trouvons de chauffer le groupe-moteur, en raison d’un vent violent, il est douteux qu’une bonne carburation puisse se produire. Mais patience, le printemps avance à grands pas ; d’un jour à l’autre une hausse de température se produira et nous enlèvera tout souci sous ce rapport.

Autour du camp, la glace bouge. Les chaînes de monticules situées de l’autre côté de l’étang paraissent plus près de nous ; l’aspect de la banquise semble d’ailleurs complètement modifié. Ses mouvements nous inquiètent ; ils nous donnent l’impression de la menace d’un danger ; aussi croyons-nous prudent de mettre en sécurité les vivres et le matériel. Immédiatement nous les débarquons sur la plaque de glace où la tente est dressée.