Là, grande nouvelle. Le garde-pêche Heimdal, envoyé pour remplacer le Farm, et deux avions de la marine militaire attendent dans l’Advent bay un temps favorable pour nous rallier.

Le 17 juin, un beau soleil luit, une légère brise souffle, bref, un temps rêvé pour le vol. Immédiatement, un message informe les aviateurs de ces circonstances favorables ; à 11 heures ils amerissent dans la baie du Roi.

A 20 heures, le Heimdal arrive à son tour. Il appareillera dans la nuit avec le Hobby pour l’île des Danois ; le lendemain matin les aviateurs suivront le mouvement. En attendant le départ, les membres de l’expédition et tous les officiers vont dîner chez le directeur du charbonnage, l’excellent M. Knutsen. Notre hôte, qui témoignait d’un optimisme imperturbable pendant les premiers jours après le départ d’Amundsen, semble, lui aussi, envahi par le doute. S’il se refuse à admettre la possibilité d’un échec, il n’a plus, évidemment, la même confiance dans le succès. La conversation est pénible, coupée de longs silences. Tout le monde est hanté par la même préoccupation et personne n’ose dire le fond de sa pensée. A 1 heure du matin, le 18 juin, nous quittons l’hospitalière direction de la mine pour regagner nos navires respectifs. Le quai est couvert de promeneurs ; les distractions sont rares à Ny Aalesund ; aussi le départ de deux bateaux constitue un événement auquel tout le monde tient à assister. Soudain, un homme court vers nous en gesticulant. « Amundsen arrive », crie-t-il. Sa voix est pâteuse et embarrassée ; évidemment un ivrogne. Nous poursuivons notre chemin. Mais que se passe-t-il là-bas, au bout de la jetée ? Des gens agitent leurs chapeaux et poussent des hurrahs, en même temps nous apercevons un petit bateau nouvellement arrivé. Nous hâtons le pas, et qui voyons-nous à son bord ? Nos six amis : Amundsen, Ellsworth, Riiser-Larsen, Dietrichson, Omdal, Feucht, pâles, amaigris, défigurés par les privations. Nous nous jetons dans leurs bras ; une émotion si poignante nous étreint que nous ne pouvons parler. Ne sommes-nous pas le jouet d’une illusion ? Un instant notre raison doute du témoignage des yeux. L’invraisemblable est devenu la réalité.

A bord d’un « phoquier » norvégien, à la lisière de la banquise polaire : du nid de corbeau, une vigie veille le retour éventuel d’Amundsen.

QUATRIÈME PARTIE

L’Œuvre du Commandant en second.

PAR
Hj. RIISER-LARSEN
Lieutenant de vaisseau de la marine norvégienne.

CHAPITRE PREMIER
L’équipement de l’expédition.

Pourquoi nous avons choisi des Dornier-Wal. — Leurs moteurs. — Précautions pour les protéger contre le froid. — Le vestiaire des aviateurs. — Le compas solaire. — Méthode de détermination de la position recommandée dans le bassin arctique. — La gastronomie polaire. — Notre matériel de campement.