L’emploi d’un dirigeable nous étant interdit pour des raisons d’ordre financier, force nous fut de nous contenter de l’avion.

Pourquoi avons-nous pris deux appareils ? En raison des critiques qu’elle a soulevées, je dois d’abord expliquer les motifs de cette décision. Pour cela, il importe de rappeler qu’avant le départ les explorateurs arctiques les plus qualifiés et les chasseurs de phoques norvégiens, qui, depuis de longues années, naviguent au milieu des glaces du Groenland oriental provenant du bassin arctique, affirmaient la possibilité de trouver des terrains d’atterrissage sur la banquise polaire. La banquise en question, assuraient-ils, renfermait en abondance des « champs », suffisamment unis et étendus pour que des avions puissent s’y poser, ainsi que de nombreux canaux sur lesquels un amerissage ne présenterait aucune difficulté. A la vérité, plusieurs personnalités ne partageaient pas cet optimisme ; elles émirent même une opinion complètement différente sur l’état des surfaces qu’offre la banquise polaire. Leurs affirmations s’appuyant uniquement sur des hypothèses, nous ne crûmes pas devoir leur prêter une aussi grande attention qu’aux renseignements donnés par des navigateurs de l’Arctique, qui, eux, étaient fondés sur une longue expérience. En conséquence, nous admîmes que nous rencontrerions fréquemment des terrains d’atterrissage, et, sur cette présomption, notre programme fut établi. Nous envisageâmes dès lors une expédition effectuant en cours de route des escales, afin d’exécuter des observations scientifiques, les résultats que cette méthode de voyage procurerait devant être beaucoup plus considérables que ceux obtenus au cours d’un vol aller et retour sans arrêt. Pour accomplir ce programme, l’emploi de deux appareils nous parut offrir plus de garanties ; si, en effet, l’un venait à être immobilisé par une panne, le second nous permettrait de poursuivre le voyage. Avec deux avions les chances d’atteindre un but ne sont-elles pas deux fois plus grandes qu’avec un seul, pourvu, bien entendu, que le terrain permette de descendre ? Au contraire, si cette dernière condition ne se trouve pas réalisée, les chances deviennent moitié moindres, puisque les possibilités de panne sont doubles, et cela en admettant même que les pilotes naviguent de conserve. Aussi bien, lorsque après notre arrivée sur la banquise nous eûmes constaté qu’elle ne renfermait aucun terrain propice à l’aviation, nous résolûmes d’effectuer le retour sur un seul appareil. Si, pendant plusieurs jours, nous avons travaillé à remettre en état nos deux hydravions, c’est qu’étant donné les dangers que présenterait le départ, il nous parut prudent de les avoir tous les deux parés pour le cas où l’un serait avarié en prenant son envol. Quand nous nous fûmes rendu compte que les préparatifs de mise en route d’un seul appareil exigeraient les efforts réunis des deux équipages, nous choisîmes celui se trouvant en meilleur état, par suite offrant le plus de sécurité pour le retour.

On nous a, en outre, critiqué d’avoir continué notre vol avec deux avions, lorsque après être sortis de la brume, nous constatâmes que la banquise ne renfermait aucun terrain d’atterrissage.

Ma réponse sera très simple : nous espérions que, plus au nord, les glaces seraient moins accidentées.

Ceci dit, abordons une autre question : « Pourquoi avons-nous adopté des Dornier-Wal ? »

Notre choix entre les différents types d’aéroplanes fut déterminé par les conditions que nos appareils devaient remplir pour atterrir sur la banquise polaire, d’après les idées que nous nous faisions alors de sa surface.

Par temps clair, lorsque le soleil brille, il est possible de discerner d’une certaine hauteur les accidents que présente le terrain sur lequel on se propose de descendre, sans être toutefois certain de ce que l’on va rencontrer. Il peut, par exemple, arriver que la neige masque des amas de blocs de glace fort dangereux. Par temps de brume, un atterrissage, même volontaire, offre de grands risques, en raison de l’impossibilité d’apercevoir les vagues qui accidentent la surface de la neige[43].

[43] La surface de la neige est accidentée de vagues créées par le vent. Ces ondulations portent dans le vocabulaire géographique le nom de sastrugi, terme emprunté à la langue russe. (Note du traducteur.)

Trois types d’appareils retinrent notre attention :

1o Les avions montés sur ski ;