Nos compas magnétiques furent choisis après une étude approfondie des différents types considérés au point de vue des circonstances que l’on supposait devoir exister dans le bassin polaire.

Le Pôle magnétique est situé à peu près à égale distance du Pôle géographique et du Spitzberg. Les compas étant utilisables pour la navigation autour de ce dernier archipel, il s’ensuit qu’ils peuvent être également employés dans la mer entre ces îles et le Pôle, sous cette réserve que l’on ignore pour ainsi dire la grandeur de la déclinaison dans cette région, le tracé des isogones dans cette partie du bassin polaire ne reposant que sur un très petit nombre d’observations.

A la suite d’une conversation à Bedfort avec un aéronaute anglais de mes amis, le capitaine Johnstone, Dietrichson et moi choisîmes des compas de route et des compas de relèvement du type apériodique construit par la firme Hugues and Son de Londres. Si l’on amène ces compas à s’écarter de leur position, l’aiguille y revient lentement sans oscillations. Dans le bassin polaire où la composante horizontale est relativement faible, l’aiguille sera lente à reprendre sa position, mais nous préférâmes cette apériodicité à de longues oscillations avec de grands écarts. Les compas de route de ce type sont particulièrement bien compris, par suite d’un dispositif particulier sur lequel il est inutile de s’étendre ici.

Nous avions commandé un appareil de T. S. F. pour le N-24, mais il ne fut pas prêt au moment du départ.


Ceux de mes lecteurs qui s’occupent de questions de navigation liront avec intérêt l’exposé d’une méthode très simple de détermination de la position dans le bassin arctique, formulée par le Dr Sverdrup, un des membres de l’équipage du Maud :

« Une mesure de la hauteur du soleil indique simplement que l’on se trouve quelque part dans un petit cercle, dont le centre est le point qui a à ce moment le soleil au zénith, et dont le rayon est égal à 90° − H (H étant la hauteur solaire mesurée). Ce cercle, nous l’appelons le cercle du lieu.

« Pour déterminer le méridien sur lequel le soleil se trouve au moment de l’observation, on doit lire en même temps une montre, dont l’état par rapport au temps moyen de Greenwich (T. M. G.) est connu. La Connaissance des Temps donne les corrections à ajouter ou à retrancher pour obtenir le temps vrai de Greenwich. Le soleil est alors au-dessus du méridien, dont la différence de longitude par rapport à Greenwich est égale à l’heure de la montre (Temps vrai de Greenwich), et se trouve au zénith au-dessus du point, dont la latitude est égale à la déclinaison du soleil.

« Une observation de hauteur solaire et une lecture simultanée de la montre servent à calculer une tangente au cercle du lieu dans le voisinage de la position dans laquelle on croit se trouver. Cette tangente est la droite de hauteur.

« Près du Pôle cette ligne est déterminée sans calculs compliqués. On peut tracer directement le méridien sur lequel se trouve le soleil, lorsque l’on a calculé l’heure de la montre par rapport au temps vrai de Greenwich. Le cercle du lieu coupe ce méridien à une distance H − D du Pôle, D désignant la déclinaison du soleil. Cette intersection, nous l’appelons le point du pôle du cercle du lieu. Si la différence H − D est positive, ce point se rencontre du même côté du Pôle que le soleil, si elle est négative, du côté opposé. Une perpendiculaire au méridien sur lequel se trouve le soleil, passant par le point du pôle du cercle du lieu est tangente à ce cercle. Cette tangente, nous l’appelons la tangente du pôle. Jusqu’à une distance du point du pôle au Pôle correspondant à cinq degrés de latitude, la tangente du pôle représentera le cercle du lieu avec une approximation suffisante, et pourra être considérée comme la droite de hauteur ; mais si la distance est plus grande, l’écart entre la tangente et le cercle deviendra sensible. »