Je déjeune avec Y., un des chefs du parti socialiste, gros homme intelligent, en contact avec Londres et Paris. Il voudrait que la France appuie plus énergiquement les éléments démocratiques en Allemagne. Peut-être est-il trop tard. Il me confirme que, depuis l’occupation de la Ruhr, le nationalisme a fait des progrès effrayants. « Le peuple tout entier va devenir nationaliste. »

— Mais, lui dis-je, pourquoi les socialistes n’ont-ils pas dès le début désavoué la résistance passive ? Les milliards qu’elle vous coûte vous eussent en partie libérés.

Il hausse les épaules, grogne. Comme la plupart de ces compatriotes, toujours tentés par l’absurde, il se méfie d’une solution de bon sens. Je lui demande :

— Vous, socialistes, assumeriez-vous le gouvernement, pour une politique d’exécution ?

Il hésite, j’insiste :

— Laisseriez-vous la droite s’emparer du pouvoir, pour une politique de revanche ?

— Non.

— Qui donc l’emportera ?

Il me regarde de côté et prophétise :

— Nous glissons vers le chaos. Nous allons assister à des convulsions dont personne ne sera le maître. Que va-t-il se passer en Allemagne ? Une explosion.