Un des convives — dont on m’a dit et répété qu’il était exceptionnel, unique à Berlin — prend la parole sur un ton doux :

— Ce qui fausse tout le problème, c’est que, malgré les apparences, il n’y a pas eu de révolution en Allemagne. Notre changement de régime n’est qu’en surface. La démocratie n’existe pas encore chez nous. Ebert, c’est un bourgeois nationaliste.

Y. entre en fureur : « Comment, comment ! » Et comme l’autre continue, ce gros homme, réduit à des interjections brutales, passe son irritation sur sa serviette, qu’il tire et tord entre ses mains puissantes.

— En s’obstinant dans sa politique actuelle, l’Allemagne va vers la ruine. Nous reverrons une Confédération d’États…

Y. écume. Il a maintenant entouré ses gros poings de sa serviette, réduite à l’état de corde :

— Non, s’écrie-t-il, l’Allemagne maintiendra son unité et…

J’avoue qu’ensuite je comprends mal le flot emporté de son allemand.


Ces soixante millions d’hommes et de femmes, on ne peut pas les supprimer. Cette masse énorme constitue une des parties principales de l’Europe.

Ils ont produit Schopenhauer, Heine et Nietzsche, Schumann et Wagner.