Il serait criminel de les réduire en esclavage. Mais leur toute-puissance serait plus criminelle encore.


Il est effrayant, autant qu’effroyable, le monument à Guillaume Ier qui se dresse devant le palais impérial. Cette masse gigantesque respire l’ivresse d’être le plus fort. A ses angles, quatre lions énormes posent la patte sur un amas de canons, de drapeaux, de fusils. Les fusils ont leurs baïonnettes, on les imagine encore chargés. Un arsenal en pleine rue, quel trophée barbare ! C’est un monument au pillage. On demeure le cœur serré devant cette affirmation emphatique que la guerre, la Guerre en elle-même, quels que soient son but, ses raisons, que la Guerre est la Religion nécessaire des Hommes.

Je n’ai dissipé ma tristesse que plus tard et plus loin, dans la Siegesallee : cette succession de statues manque si piteusement son effet souhaité de grandeur solennelle, il y a un tel écart entre la pensée qui commanda cet ensemble et sa réalisation, qu’il en résulte un comique impayable. Là, tout seul, j’ai éclaté de rire.


Berlin, — ses maisons, ses palais, ses usines, ses musées — est « rapporté » sur une terre ingrate, qui n’appelait ni la puissance, ni la richesse, et où manquent les belles fleurs et les fruits succulents. C’est un paradoxe conquis sur le sable, un défi de l’énergie virile à la nature des choses. Ici, une forte race d’hommes a exalté ses appétits, mais elle ne pouvait les satisfaire qu’ailleurs.


Il n’y a pas de rose-Prusse.


J’aimerais connaître un junker, un vrai Prussien traditionnel, entier, virulent ; mesurer ce qu’il y a de vigueur, d’intelligence froide, d’orgueil, d’insensibilité dans ces natures guerrières.