—Eh bien! monsieur, il y a un baril qui est arrivé à une heure trente, et qui est resté au dépôt jusque vers les trois heures. A ce moment-là, voilà qu'arrive un petit homme, d'un air tout malingre.—j'ai bien idée que ce doit être quelque vicaire,—et qu'il me dit: «Vous n'auriez pas reçu quelque chose pour Pitman?»—William Bent Pitman, si je me rappelle bien le nom.—«Je ne sais pas au juste, monsieur, que je lui réponds; mais je crois bien que c'est le nom qui est écrit sur ce baril!» Le petit homme va voir le baril, et fait une mine ahurie quand il aperçoit l'adresse. Et le voilà qui se met à nous reprocher de ne pas lui avoir apporté ce qu'il voulait. «Eh! peu m'importe ce que vous voulez, monsieur, que je lui dis; mais si c'est vous qui êtes William Bent Pitman, il faut que vous emportiez ce baril!»
—Et l'a-t-il emporté? s'écria Maurice, respirant à peine.
—Eh bien! monsieur, reprit tranquillement Bill, il paraît que c'était une grande caisse d'emballage que ce monsieur attendait. Et cette caisse est bien arrivée; je le sais, parce que c'est le plus grand colis que j'aie jamais vu. Alors, en apprenant ça, ce Pitman a de nouveau fait la grimace. Il a demandé à parler au chef de service, et on a fait venir Tom, le facteur, celui qui avait conduit la caisse. Eh bien! monsieur—poursuivit Bill avec un sourire—jamais je n'ai vu un homme dans un état pareil! Ivre-mort, monsieur! A ce que j'ai cru comprendre, il y avait eu un monsieur, évidemment fou, qui avait donné à ce brave Tom une livre sterling de pourboire, et voilà d'où était venu tout le mal, comprenez-vous?
—Mais enfin, qu'est-ce qu'il a dit? haleta Maurice.
—Ma foi! monsieur, il n'était guère en état de dire grand'chose! répondit Bill. Mais il a offert de se battre à coups de poing avec ce Pitman pour une pinte de bière. Il avait perdu son livre, aussi, et ses reçus; et son compagnon était encore plus saoul que lui, si possible. Oh! monsieur, ils étaient tous les deux comme... comme des lords! Et le chef de service leur a réglé leur compte séance tenante.
«Allons! voilà qui n'est point si mauvais!» songea Maurice, avec un soupir de soulagement. Puis, s'adressant au porteur:
—Et ainsi, ces deux hommes n'ont pas pu dire où ils avaient conduit la caisse?
—Non, répondit Bill, ni ça ni autre chose!
—Et... qu'est-ce qu'a fait Pitman? demanda Maurice.
—Il a emporté le baril dans un fiacre à quatre roues, répondit Bill. Le pauvre homme était tout tremblant. Je ne crois pas qu'il ait beaucoup de santé!