— Maître Shelton, dit-il, vous êtes un très heureux, malheureux jeune gentilhomme ; mais ce qui vous est arrivé d’heureux, vous l’avez amplement mérité ; et ce qui vous est arrivé de malheureux, vous ne l’avez mérité en aucune façon. Soyez satisfait, car vous vous êtes fait un ami qui n’est pas sans puissance ni faveur. Pour vous, quoi qu’il ne convienne pas à une personne de votre rang de frayer avec des outlaws, je dois reconnaître que vous êtes à la fois brave et loyal, très dangereux dans la bataille, très courtois en paix ; un jeune homme d’excellentes dispositions et de conduite généreuse. Quant à vos propriétés, vous ne les reverrez pas avant que le monde change de nouveau. Tant que Lancastre l’emportera, Sir Daniel en aura la jouissance. Ma pupille, c’est une autre affaire ; j’ai déjà promis sa main à un gentilhomme, un membre de ma famille, un nommé Hamley, la promesse est ancienne.

— Ah ! monseigneur, et Sir Daniel l’a promise à Lord Shoreby, interrompit Dick. Et sa promesse, quoique nouvelle, est encore celle qui a le plus de chance de s’accomplir.

— C’est la pure vérité, répliqua Sa Seigneurie. Et considérant, en outre, que je suis votre prisonnier, sans autre composition que ma vie, et surtout que la jeune fille est malheureusement en d’autres mains, j’irai jusque-là. Aidez-moi avec vos braves gens.

— Monseigneur, s’écria Dick, ce sont ces mêmes outlaws auxquels vous me reprochiez de m’associer.

— Qu’ils soient ce qu’ils veulent, ils savent se battre, répliqua Lord Foxham. Aidez-moi donc, et, si par notre alliance, nous reprenons la fille, sur mon honneur de chevalier, elle vous épousera !

Dick plia le genou devant son prisonnier, mais celui-ci, se levant légèrement du pied de la croix, le releva et l’embrassa comme un fils.

— Allons, dit-il, puisque vous devez épouser Joanna, nous devons être amis dès maintenant.

CHAPITRE IV
« LA BONNE ESPÉRANCE »

Une heure après, Dick était de retour à l’auberge « La Chèvre et la Musette », où il déjeunait, et recevait les rapports de ses messagers et de ses sentinelles. Duckworth était encore absent de Shoreby, comme il lui arrivait souvent, car il jouait plusieurs rôles dans le monde, avait des intérêts divers, et dirigeait bien des affaires différentes. Il avait fondé cette compagnie de la Flèche-Noire comme un homme ruiné, avide de vengeance et d’or ; et, pourtant, parmi ceux qui le connaissaient le mieux, il passait pour être l’agent et l’émissaire du grand faiseur de rois d’Angleterre, Richard, comte de Warwick.

Quoi qu’il en soit, en son absence, c’était à Richard Shelton de commander les affaires à Shoreby ; et, s’asseyant pour son repas, il avait l’esprit soucieux et sa figure était grave de réflexions. Il avait été décidé entre lui et Lord Foxham de tenter un coup hardi cette nuit même et de délivrer Joanna par la force. Les obstacles cependant étaient nombreux, et ses espions, arrivant l’un après l’autre, lui apportaient des nouvelles de plus en plus inquiétantes.