L’éveil avait été donné à Sir Daniel par l’escarmouche de la nuit précédente. Il avait augmenté la garnison de la maison dans le jardin, et, non content de cela, il avait disposé des cavaliers dans toutes les ruelles avoisinantes, en sorte qu’il pouvait être immédiatement prévenu de tout mouvement. En outre, dans la cour de son hôtel, des chevaux étaient sellés, et les cavaliers armés de toutes pièces n’attendaient qu’un signal pour partir.
L’entreprise de la nuit semblait de plus en plus difficile à exécuter, lorsque tout à coup la figure de Dick s’éclaircit.
— Lawless, cria-t-il, vous qui avez été matelot, pouvez-vous me voler un vaisseau ?
— Maître Dick, répliqua Lawless, si vous me donniez un coup de main, je consentirais à voler la cathédrale d’York.
Aussitôt, tous deux se mirent en route et descendirent vers le port. C’était un grand bassin situé entre des collines de sable, et entouré de monceaux de dunes, de vieux fatras en ruines et des bouges délabrés de la ville. Bien des bateaux pontés et des barques ouvertes y étaient à l’ancre, ou avaient été tirés sur le rivage.
Une longue durée de mauvais temps les avait ramenés de la haute mer dans l’abri du port ; et les grands amas de nuages noirs, les froides rafales qui se succédaient, tantôt avec des tourbillons de neige, tantôt en simples coups de vent, n’étaient guère rassurants, mais menaçaient de quelque plus sérieuse tempête, avant peu.
Les matelots, à cause du froid et du vent, s’étaient pour la plupart esquivés à terre et criaient et chantaient dans les tavernes du port. Bien des vaisseaux déjà se balançaient abandonnés sur leurs ancres, et, comme le jour s’avançait et que le temps ne semblait pas devoir se remettre, le nombre en augmentait sans cesse. Ce fut sur ces navires désertés, et surtout sur ceux qui étaient le plus éloignés, que Lawless porta son attention, tandis que Dick, assis sur une ancre à moitié enlisée dans le sable, prêtant l’oreille, tantôt à la voix rude, puissante et pleine de présages de la tempête, tantôt aux chants discordants des matelots dans une taverne voisine, oublia bientôt tout ce qui l’entourait, et ses soucis, à l’agréable souvenir de la promesse de Lord Foxham.
Il fut dérangé par un léger coup sur l’épaule. C’était Lawless qui désignait un petit vaisseau, quelque peu isolé, et à petite distance de l’embouchure du port, où il se soulevait régulièrement et doucement à l’entrée des lames. Un pâle rayon de soleil d’hiver tomba à ce moment sur le pont du vaisseau, le mettant en relief contre un banc de nuages menaçants ; et, dans cette lumière rapide, Dick, put voir deux hommes qui halaient la barque sur le flanc du vaisseau.
— Voilà, monsieur, dit Lawless, remarquez-le bien ! Voilà le bateau pour ce soir.
Bientôt le canot fut détaché du flanc du vaisseau, et les deux hommes, le maintenant bien dans le vent, ramèrent vigoureusement vers le rivage. Lawless s’adressa à un flâneur.