En parlant, Florizel tira sa bourse et y prit un petit paquet de billets de banque.
«Vous voyez, je suis en avance sur vous de huit jours environ; mais je puis me rattraper et me rapprocher de plus en plus du poteau fatal. Celui-ci, continua-t-il, en posant un des billets sur la table, suffira pour la note. Quant au reste...»
Il jeta la liasse dans le feu, où elle disparut en flambant.
Le jeune homme avait essayé de saisir le prince par le bras; mais, comme une table les séparait, son intervention arriva trop tard.
«Malheureux, s'écria-t-il, vous n'auriez pas dû les brûler tous.... Il fallait garder quarante livres!
—Quarante livres, répéta le prince, pourquoi, au nom du ciel, quarante livres?
—Pourquoi pas quatre-vingts? s'écria le colonel; il devait y en avoir une centaine dans le paquet.
—Quarante livres suffisent, dit le jeune homme tristement, car sans cela, il n'y a pas d'admission possible. La règle est absolue: quarante livres pour chacun. Vie damnée que la nôtre! Un homme ne peut pas même mourir sans argent.»
Le prince et le colonel échangèrent un coup d'œil.
«Expliquez-vous, dit le dernier. J'ai encore un portefeuille passablement garni et je n'ai pas besoin de dire que je suis prêt à partager ma fortune avec Godall. Mais je désire savoir à quelle fin. Que pensez-vous donc faire?»