—À merveille, répondit le jeune homme. Je vais me retirer...»
Aussitôt que le prince et Geraldine furent seuls:
«Il me semble, dit le premier, que vous êtes ému, tandis qu'au contraire j'ai pris mon parti. Je veux voir la fin de cette aventure.
—Que Votre Altesse réfléchisse, répliqua le colonel en pâlissant; qu'elle considère l'importance qu'une vie telle que la sienne a non seulement pour ses amis, mais pour le bien public. En supposant que, cette nuit, un malheur irréparable atteigne la personne de Votre Altesse, quel serait mon désespoir, quelle serait l'affliction de tout un peuple?
—Je veux voir la fin, répéta le prince de sa voix la plus délibérée; ayez la bonté, colonel, de tenir votre parole de gentilhomme. Dans nulle circonstance, souvenez-vous-en bien, vous ne trahirez, sans que je vous y autorise, l'incognito que j'ai choisi pour voyager à l'étranger. Tels sont les ordres que je réitère. Et maintenant, je vous serai obligé d'aller demander l'addition.»
Le colonel s'inclina avec respect, mais il avait la face blême lorsqu'il pria le jeune homme aux tartes à la crème de rentrer. Le prince conservait pour sa part une contenance parfaitement calme; il raconta une farce du Palais-Royal au jeune suicidé avec beaucoup d'entrain. Sans ostentation, il évita les regards suppliants de Geraldine, et choisit un nouveau cigare avec plus de soin que d'habitude. De fait, il était le seul des trois qui gardât quelque puissance sur ses nerfs.
La note étant acquittée, le prince donna toute la monnaie au domestique très étonné; puis on partit en voiture. Peu de temps après; le fiacre s'arrêta à l'entrée d'une cour un peu sombre. Là ils descendirent.
Après que Geraldine eut payé la course, le jeune homme s'adressa au prince en ces termes:
«Il est encore temps, Mr. Godall, d'échapper à une destinée inévitable, vous et le major Hammersmith. Consultez-vous bien avant de faire un pas de plus, et, si vos cœurs disent non, voici les chemins de traverse.
—Conduisez-nous, monsieur, dit le prince, je ne suis pas homme à reculer devant une chose une fois dite.