«J'ai foi en vous, dit-il à Florizel, aussitôt qu'ils furent seuls, mais êtes-vous sûr de votre ami?
—Pas aussi sûr que je le suis de moi-même, assez cependant pour que j'aie pu l'amener ici sans inquiétude; les raisons qui lui font désirer d'entrer dans votre Club sont encore plus puissantes que les miennes. L'autre jour, il s'est laissé prendre trichant aux cartes.
—Une bonne raison, j'en conviens, répliqua le président, nous en avons un autre dans le même cas. Avez-vous été au service, monsieur?
—Oui, mais j'étais trop paresseux, je l'ai quitté de bonne heure.
—Quel est le motif qui vous fait abandonner la vie? poursuivit le président.
—Toujours le même, autant que je peux m'en rendre compte, la paresse toute pure.»
Le président tressaillit.
«C'est impossible, s'écria-t-il, vous devez avoir une raison plus sérieuse que celle-là.
—Je n'ai plus le sou, ajouta Florizel. C'est aussi un tourment. Mon oisiveté en souffre.»
Le président tourmenta son cigare pendant quelques secondes en regardant droit dans les yeux ce néophyte extraordinaire; mais le prince supporta son examen avec un sang-froid imperturbable.