«Pauvre vieux Malthus! répéta le président, tandis qu'il vidait son verre. Il en a bu près d'un demi-litre, qui n'a paru lui faire que peu de bien.
—Cela agit mieux sur moi, dit le prince, me voici redevenu moi-même, comme vous voyez. Permettez-moi une question: où dois-je me rendre?
—Vous allez suivre le Strand dans la direction de la Cité, sur le trottoir de gauche, jusqu'à ce que vous ayez rencontré l'individu qui vient de s'en aller. Il vous donnera ses instructions et vous aurez la bonté de vous y conformer; il est investi de l'autorité du club pour cette nuit. Et maintenant, ajouta le président, je vous souhaite une promenade agréable.»
Florizel répondit à ce salut avec une certaine gaucherie et se retira. Il traversa le fumoir, où l'ensemble des joueurs restait encore à consommer du champagne qu'il avait commandé et payé en partie, et fut surpris de s'apercevoir qu'il les maudissait du fond de son cœur. Il mit lentement son chapeau, son pardessus, choisit son parapluie dans un coin. L'habitude qu'il avait de ces actes familiers et la pensée qu'il les faisait pour la dernière fois le poussèrent à un éclat de rire qui résonna d'une façon sinistre à ses propres oreilles. Il éprouvait une répugnance à sortir de la maison et se tourna vers la fenêtre. La vue des réverbères qui brillaient dans l'obscurité le rappela au sentiment de la réalité.
«Allons, allons, il faut être un homme et m'arracher d'ici.»
Au coin de Box-Court, trois hommes tombèrent sur le prince Florizel à l'improviste et il fut transporté sans façon dans une voiture qui partit rapidement. Déjà, il s'y trouvait quelqu'un.
«Votre Altesse me pardonnera-t-elle mon zèle?» dit une voix bien connue.
Le prince se jeta au cou du colonel dans l'élan de son soulagement.
«Comment pourrai-je jamais vous remercier? s'écria-t-il. Et par quel miracle cela s'est-il fait?»
Quoiqu'il eût accepté sa condamnation, il était trop heureux de céder à cette violence amicale, de retourner une fois de plus à la vie et à l'espérance.