«Vous pourrez me remercier effectivement, répliqua le colonel, si vous évitez dans l'avenir de pareils dangers. Tout s'est produit par les moyens les plus simples. J'ai arrangé l'affaire durant l'après-midi. Discrétion a été promise et payée. Vos propres serviteurs étaient principalement engagés dans l'affaire. La maison de Box-Court fut cernée dès la tombée de la nuit, et cette voiture, l'une des vôtres, attendait depuis une heure environ.
—Et le misérable voué à m'assassiner, qu'est-il devenu? demanda le prince.
—Il a été arrêté au moment où il quittait le Club, répliqua le colonel; maintenant il attend sa sentence au palais, où bientôt il sera rejoint par ses complices.
—Geraldine, dit le prince, vous m'avez sauvé contrairement à mes ordres absolus, et vous avez bien fait. Je vous dois non seulement la vie, mais encore une leçon, et je serais indigne de régner si je ne témoignais de la gratitude à mon maître. Choisissez votre récompense.»
Il y eut un silence pendant lequel la voiture continua de rouler à travers les rues; les deux hommes étaient plongés chacun dans ses propres pensées. Le silence fut rompu par le colonel.
«Votre Altesse, dit-il, a en ce moment un nombre considérable de prisonniers. Il y a au moins un criminel dans ce nombre. Pour lui justice doit être faite. Notre serment nous défend tout recours à la loi, et la discrétion l'interdirait même si l'on nous dégageait du serment. Puis-je demander les intentions de Votre Altesse?
—C'est décidé, répondit Florizel, le président tombera dans un duel. Il ne reste qu'à trouver l'adversaire.
—Votre Altesse m'a permis de choisir ma propre récompense, dit le colonel. Veut-elle confier à mon frère cette mission délicate? Il est homme à s'en acquitter parfaitement.
—Vous me demandez là une méchante faveur, dit le prince, mais je ne peux rien vous refuser.»
Le colonel lui baisa la main avec la plus grande affection, et, en ce moment, la voiture roula sous le porche de la résidence splendide du prince.