—Certainement, le choix vous appartient, répondit le cocher; mais, quand j'aurai tout dit, je crois savoir de quelle façon se décidera un gentleman de votre sorte. Il y a là une réunion de messieurs; je ne sais si le propriétaire est un étranger qui n'a dans Londres aucunes connaissances, ou si c'est simplement un original, mais, ce qu'il y a de certain, c'est que j'ai été loué, pour lui amener, aussi nombreux que possible, des messieurs seuls, en tenue de soirée, et de préférence des officiers de l'armée. Vous n'avez qu'à entrer et à dire que Mr. Morris vous a invité.

—Êtes-vous ce Mr. Morris? demanda le lieutenant.

—Oh non! répondit le cocher. Mr. Morris est le maître de la maison.

—Ce n'est pas une manière banale de rassembler des convives, dit Brackenbury; mais un homme excentrique peut fort bien se passer cette fantaisie sans aucune mauvaise intention. Supposez que je refuse l'invitation de Mr. Morris, qu'arrivera-t-il alors?

—Mes ordres sont de vous ramener là où je vous ai pris, monsieur, et de continuer à chercher d'autres voyageurs jusqu'à minuit:—Ceux qui ne sont pas tentés par une telle partie de plaisir, a dit Mr. Morris, ne sont pas les hôtes qu'il me faut.»

Ces paroles décidèrent le lieutenant.

«Après tout, se dit-il, en mettant pied à terre, je n'ai pas attendu longtemps mon aventure.»

Il avait à peine touché le trottoir et il était encore en train de chercher de l'argent dans sa poche quand le cab fit demi-tour et, reprenant le chemin par lequel il était venu, s'éloigna à la même allure de casse-cou. Brackenbury appela le cocher, qui n'y fit aucune attention et continua de filer; mais le son de sa voix fut entendu de la maison; de nouveau la porte s'ouvrit, projetant un flot de lumière sur le jardin, et un domestique accourut, tenant un parapluie.

«Le cab a été payé», fit observer cet homme d'un ton obséquieux.

Après quoi il se mit à escorter Brackenbury le long de l'allée et sur les marches du perron.