Le commerce, la politique, la religion: tout roulait à l'époque sur le pivot de l'esclavage. Ces étrangers étaient devenus puissants par le nombre et par leur communauté d'intérêts. Ils étaient possesseurs d'esclaves ou aspiraient à le devenir.
Leurs rangs allaient toujours en grossissant, de sorte que, vers l'année 1852-53, grâce à l'appui qui leur était donné par certains Louisianais, ils avaient acquis une influence prépondérante dans la communauté.
Plus ces nouveaux citoyens obtenaient de succès, plus l'"institution divine", comme on désignait l'esclavage en ce temps-là, devenait oppressive; plus les préjugés se faisaient sentir contre les personnes de couleur libres.
Ces parvenus finirent par dominer, et les protégés de 1845 de M. Bernard de Marigny étant devenue les maîtres de la situation, il n'y eut plus de bornes à leur ambition.
Les gens de couleur libres étaient soupçonnés de sympathie pour les esclaves, bien qu'aucun symptôme extérieur n'indiquât l'existence de ce sentiment.
On crut donc qu'il fallait les réduire à l'impuissance, soit par l'intimidation, soit par l'exil. Les restrictions ordinaires ne suffisaient plus. Il fallait rien moins que les rendre eux-mêmes esclaves.
Ces nouveaux maîtres s'étaient adressés à la législation et ils avaient obtenu des lois en harmonie avec leurs desseins et leurs désirs. Bien que la nature de ces lois semblât menacer la liberté et le droit des hommes de couleur, on peut dire aujourd'hui qu'elles n'étaient qu'une feinte, et que le but réel des persécuteurs était l'éloignement définitif de l'État des gens de notre race.
C'est ce que nombre de ces derniers ont dû comprendre, lorsqu'ils en vinrent à prendre volontairement la route de l'exil. Il est encore possible que certains d'entre eux, sans songer à tout cela, se soient mis en communication avec leur parents d'Haïti dans le but de s'expatrier dans ce dernier pays.
EMILE DESDUNES
Dans tous les cas, en 1858, Emile Desdunes se présenta à la Nouvelle-Orléans comme agent d'émigration.