Et cependant Folla, malgré sa préoccupation, s'était montrée d'une sagesse exemplaire. Elle n'avait ni parlé ni souri pendant la classe: elle avait su ses leçons pour la première fois depuis longtemps, et son institutrice ne savait à quoi attribuer ce changement subit.

VII

TES PERE ET MERE HONORERAS

Il était revenu, l'homme de Pallavas, ce Félicien Marlioux qui réclamait la petite Folla comme son bien légitime, et qui cependant, pour un peu d'or, l'eût cédée volontiers à ceux qui l'avaient adoptée.

C'est qu'il ne demanda pas seulement un peu d'or, le malheureux! il exigea une si forte somme que les Milane reculèrent devant le sacrifice à faire, ne croyant pas devoir détourner une telle part de l'héritage futur de Juliette, leur idole.

Leur intention, d'ailleurs, en gardant Folla, eût été, non point de l'élever comme par le passé, mais de la mettre en pension jusqu'à sa majorité, et ensuite de l'établir selon son rang modeste, de la marier avec un honnête ouvrier. Après tout, la fille d'un galérien ne pouvait plus désormais vivre sur un pied d'égalité presque absolue avec la fille des Kernor; cela porterait préjudice à celle-ci plus tard; on aurait pu jaser dans le monde sur cette intimité entre deux enfants si distinctes d'origine et de rang.

Seulement les prétentions exorbitantes de Félix Marlioux firent avorter ce nouveau plan; elles soulevèrent l'indignation du châtelain de la Seille.

C'est alors que Mme Milane prit sur elle d'annoncer à Folla le secret de sa naissance, de lui apprendre le nom de son père et de sa mère et le changement qui allait avoir lieu dans sa vie.

Ce n'était point tâche facile, et la pauvre femme tremblait fort en attirant sur ses genoux l'enfant qu'elle avait aimée, caressée pendant sept ans, et à laquelle elle allait porter un coup terrible.

Mais, à sa grande surprise, aux premiers mots qu'elle prononça, Folla l'interrompit d'un petit air tranquille qui ne lui était pas habituel: