Je ne serais plus avec Juliette? plus avec vous? plus à la
Seille? plus à Paris?
Mon Dieu, mon enfant, tu dois comprendre que tu ferais ton
éducation bien mieux à la pension qu'au milieu de nous."
Folla baissa la tête; puis, la relevant d'un air triste, mais déterminé:
"Bonne maman, ce n'est pas cela qu'il faut faire. Je vous remercie beaucoup de vos généreuses intentions pour la pauvre fille de Gervaise Marlioux; je me souviendrai toute ma vie que vous avez longtemps remplacé ma mère, que vous m'avez élevée, gâtée, soignée; mais il ne faut pas que vous cédiez à mon père, il ne faut pas lui donner votre argent. Il ne faut pas non plus que j'aille en pension; j'y serais très malheureuse. Songez donc, si un jour on apprenait que je suis la fille de… (ici elle baissa la tête confuse) d'un homme qui revient de… là-bas, on me le ferait sentir.
Mais alors tu retournerais donc volontiers chez ton père?
Eh! oui, Madame, c'est ce que je dois faire. Pensez donc que ma pauvre maman est privée de raison, dans la misère peut- être; qui est-ce qui prend soin d'elle là-bas? Personne souvent, ou bien des mains étrangères qui ne font pas ce que ferait une parente, une fille surtout. Mon père enfin n'est pas heureux, puisqu'il est sans travail et probablement méprisé. Vous voyez bien, Madame, ma place est auprès d'eux."
Mme Milane regardait Folla avec de grands yeux stupéfaits.
"Mon enfant, qui donc t'a appris ces choses-là?
Personne, bonne maman; mais j'ai beaucoup pensé depuis
quelques jours. Est-ce que je n'ai pas raison?
Certainement, mignonne, tu parles comme une femme; mais si
tu allais souffrir loin de nous?"