La maisonnette ne se composait que de trois pièces; dans la troisième couchaient Félix Marlioux et sa femme.
Folla s'aventura hors de chez elle avec un violent battement de cur: elle allait revoir sa mère, et cette mère était une insensée. Qui sait si la vue de son enfant aimée, retrouvée après tant d'années de séparation, ne lui rendrait pas la raison!… Marlioux aussi pensait cela, debout au milieu de la chambre carrelée, près du poêle sur lequel bouillait une casserole de lait.
Folla vint présenter son front à son père, puis ses yeux inspectèrent curieusement autour d'elle.
C'était un triste logis froid et sombre; la pièce était triste et nue.
A l'entrée, sur le seuil de la porte ouverte, une femme était assise sur un escabeau grossier. Cette femme pouvait avoir de quarante à cinquante ans; ses cheveux étaient déjà tout gris et tombaient épars de sa pauvre tête folle, qui ne pouvait supporter ni bonnet ni chapeau.
Ses traits avaient dû être beaux, et Folla demeura toute surprise d'y trouver comme une ressemblance avec ceux de Juliette, surtout dans les yeux, de couleur claire et de forme parfaite; seulement ceux de la petite Kernor avaient une expression tranquille; ceux de Gervaise, brillants et farouches, faisaient peur.
Les vêtements de cette femme étaient en désordre comme sa chevelure; ses lèvres, presque sans remuer, murmuraient une chanson monotone, et ses bras faisaient continuellement le geste de bercer un petit enfant.
Folla se rapprocha timidement de Félix Marlioux:
"Père, dit-elle, ce qu'elle pleure, c'est sa fille, n'est-ce pas?
Oui, répondit-il machinalement.