Et… si elle me reconnaît, cela peut la guérir, même
subitement.

Peut-être," fit le père en poussant doucement la fillette
du côté de la folle.

Luis aussi pensait cela.

Ma foi! la femme et l'enfant ne lui étaient qu'un surcroît de dépense, une lourde charge; si Gervaise recouvrait la raison, au moins il n'aurait plus le souci du ménage.

Aussi regardait-il avec une certaine anxiété la petite Sophie s'approcher de Gervaise.

"Mère," murmura-t-elle de sa douce voix, en tendant ses lèvres roses à la joue flétrie de la folle.

Celle-ci tourna lentement sa tête vers elle. Il y eut un regard glacé dans ses yeux d'un bleu gris, comme ceux de Juliette Kernor.

"Mère, ne me reconnaissez-vous pas? Je suis Sophie, votre fille, votre enfant que vous avez perdue depuis sept ans; je vous aime beaucoup. Ne voulez-vous pas m'embrasser?"

Gervaise continua à la considérer tranquillement, sans interrompre ni sa chanson ni son bercement monotone.

L'homme, qui attendait debout au fond de la chambre, poussa un blasphème sourd.