Et son homme ne revint jamais.
II
L'ENFANT DE GERVAISE
Environ un an après, le grand-père et la grand'mère Milane venaient mélancoliquement s'installer à la Seille, jolie propriété qu'ils possédaient en Dauphiné.
Ils étaient tristes, car ils adoraient les enfants et ne pouvaient jouir de leur petite-fille; leur gendre, d'un caractère un peu entier, ne sympathisait pas avec eux, et après quelques discussions pénibles la brouille s'était mise entre les deux ménages.
Mme Kernor en souffrit beaucoup, mais elle ne put décider son mari à oublier sa rancune.
"Si du moins ils nous envoyaient la petite de temps en temps!" soupiraient les Milane.
Voilà pourquoi leur riche appartement de la rue Lafayette à Paris et leur gentil château de la Seille leur paraissaient vides et froids.
Il arriva qu'un jour Mme Milane, qui était une maîtresse de maison accomplie, pesait le sucre destiné à ses confitures dans la cuisine de la Seille, lorsqu'on vint la prévenir qu'une vieille femme demandait à lui parler.
Quand Mme Milane eut équilibré les deux plateaux de la balance et recommandé à sa cuisinière de ne pas laisser s'attacher la gelée au fond du chaudron, la bonne dame alla au vestibule, où l'attendait la visiteuse.