Néanmoins, elle éprouvait une vague sensation de bien-être, et conversait avec sa bienfaitrice.

" Enfin, tu vas donc partager la vie de ma fille, lui disait celle-ci. Valérie et moi nous taimons, tu le sais, et je te dois beaucoup, car si tu navais pas découvert mon enfant évanouie dans la forêt, elle aurait pu être frappée par la foudre ou surprise par un froid mortel en cette terrible nuit où tu las amenée chez Manon. Tu possèdes de grandes qualités, ma mignonne, et des défauts aussi, tu le sais; on tâchera de développer les unes et de faire disparaître les autres; on te fera connaître le bon Dieu sur lequel tu me sembles navoir que des notions très vagues; on fera de toi une jeune fille bien élevée et instruite, et lon te mettra à même de gagner honorablement ta vie plus tard."

La Moucheronne avait un vif désir dapprendre ce quelle ignorait et elle sattachait de plus en plus à la comtesse et à sa fille.

Quant à lexistence luxueuse et agréable qui allait lui être faite, elle ne sen souciait pas. Peu lui importait de dormir sous des rideaux de soie ou sous le toit rustique de Manon.

Elle avait traversé les principaux appartements du château, vu étinceler les hautes glaces, les dorures, les cristaux, mais tout cela lavait laissée froide.

Pour cette enfant habituée aux grandes beautés et aux grands spectacles de la nature, ces choses-là navaient quune valeur relative.

Une seule chose lavait émue, et cette émotion lavait fait pâlir: cest lorsque Madame de Cergnes ouvrant le clavecin en fit jaillir une fusée de notes, puis chanta une chanson lente et suave.

" Est-ce quon mapprendra cela aussi? demanda avidement la Moucheronne en désignant de son petit doigt brun les touches divoire du clavier.

" Si cela te fait plaisir, oui. Valérie commence déjà à interpréter de jolis airs comme celui que tu viens dentendre."

Cette déclaration avait eu beaucoup de poids pour décider la petite sauvage à échanger, sans révoltes, la vie des bois contre celle du château.