Il fut donc convenu que trois jours plus tard la Moucheronne serait installée à Cergnes et la comtesse envoya tout de suite à Manon lorpheline qui serait dressée au service pendant ce temps.
Lancien souffre-douleur de Favier se sentait le cur bien gros à lidée de quitter sa vieille amie, Nounou et la forêt; les hommes ne lui paraissaient pas si méchants, mais elle gardait un fonds de défiance instinctive envers la société.
Cette défiance navait pas effrayé Mme de Cergnes: lexcellente femme, pleine de gratitude dabord pour celle qui lui avait rendu son enfant, et de pitié pour cet être à demi sauvage, avait bien vite démêlé dans cette nature inculte une grande dignité jointe à une franchise et à une honnêteté absolues, qualités qui rendaient la jeune fille propre à vivre auprès de Valérie.
Dune santé délicate et dune indolence extrême, due peut-être à cette faiblesse physique, cette dernière travaillait sans goût et dailleurs sans émulation; elle sennuyait souvent aussi dès quelle se trouvait à la campagne, privée de ses amies parisiennes.
Or, on devait attendre à Cergnes le retour du comte qui était parti pour un voyage lointain, et Valérie était charmée davoir tout à la fois une compagne pour ses plaisirs, une émule pour ses études et une distraction à sa vie un peu monotone.
CHAPITRE XIX
LE BABY.
La Moucheronne ne sappelle plus la Moucheronne, mais Marie, ce qui est un nom assurément plus chrétien.
Elle dort dans un lit bien douillet, sous des rideaux soyeux, non loin de sa chère Valérie quelle aime de tout son cur.
Marie porte de jolies robes de laine qui moulent élégamment ses membres gracieux; ses cheveux noirs, toujours un peu rebelles, sont réunis en une grosse natte et attachés par un ruban rouge, comme ceux de Mlle de Cergnes.