" Il est de fait, dit Valérie, que toutes les bêtes du château, outre Nounou, chérissent Marie et la caressent, depuis les chevaux auxquels elle porte du pain et du sucre, jusquaux oiseaux auxquels elle donne du grain.

" Il est à croire, dit alors Gérald en flattant doucement léchine de la louve, que si Marie neût pas été bonne et tendre avec cette bête-là, Nounou ne se serait pas montrée ce quelle est. Les animaux sont souvent ce que nous les faisons.

" Mais, protesta Marie, Nounou est bonne delle-même et elle le sera toujours. Nest-ce pas, ajouta-t-elle en embrassant lénorme bête qui lui lécha la main en signe dassentiment."

CHAPITRE XXII

LA BAGUE DOPALE.

La Moucheronne, devenue linséparable compagne de Valérie de Cergnes, commençait à se faire à sa nouvelle vie si peu semblable à cette quelle menait auparavant; elle sy faisait surtout à cause de linstruction quelle acquérait et à cause des trois femmes affectueuses qui lentouraient.

Elle avait gagné encore en grâce et en beauté: ses membres, toujours souples, avaient perdu la brusquerie de leurs mouvements; sa peau nacrée, une partie de son hâle doré; son regard sétait adouci, son sourire était plus affable.

A la fin de son premier congé, le jeune de Cergnes était reparti, et le château paraissait encore plus grand et plus mélancolique depuis quil lavait quitté.

Ce nest pas, cependant, que le jeune homme fût dhumeur joyeuse; il navait plus cette gaieté insouciante de la première jeunesse, au temps où il avait rencontré la fillette et la louve dans le bois de Saint-Prestat. Il avait au front une gravité précoce qui le faisait surnommer, au régiment, le beau ténébreux.

Peut-être, quoique la vie lui fût clémente sous le rapport de la fortune et de la santé, peut-être le jeune homme gardait-il au fond de son cur quelque secrète tristesse comme ceux que lexistence a touchés profondément, tout en leur prodiguant mille douceurs ainsi quà ses enfants gâtés.