"Reviens chaque fois que tu le pourras lui avait dit la vieille femme."
Mais Favier sen était aperçu, et après une dure correction, il cria à la fillette:
" Et à présent souviens-toi que si tu remets les pieds chez cette sorcière, ça ne sera pas seulement toi que je punirai, mais elle. Je divulguerai un secret qui la touche et qui lui fera plus de mal quune volée de coups de poing."
Et la Moucheronne, qui ne voulait porter aucun préjudice à sa vieille amie, sabstint désormais daller chez Manon.
La louve seule sy rendait quelquefois; en la voyant venir, Manon comprenait que lenfant était toujours là-bas et quelle lui gardait un souvenir; elle ne cherchait pas non plus à la voir de peur dattirer sur linnocente créature la colère de son maître.
La forêt était grande et profonde; elle appartenait à un riche marquis des environs qui apparaissait dans le pays à peine une fois en trois ou quatre ans; non pour y faire une coupe de bois, car il voulait laisser à ses domaines toute leur beauté et navait pas besoin dargent, mais pour y chasser à grand fracas avec les amis dont à ce moment il peuplait son château.
Comme il était bon prince et fort insouciant, il fermait les oreilles lorsque son garde lui rapportait les méfaits de certain braconnier des plus mal famés.
"Bah! répondit-il en riant, jai du gibier de reste et pour quelques lièvres quon occira sur mes terres, je ne mourrai pas de faim."
Et le garde nosait dresser procès-verbal à ce colosse sauvage nommé Favier qui menaçait de son arme ceux qui le regardaient de travers; on avait peur de lui.
De plus, il feignait dignorer lexistence de la mère Manon: La vieille femme lavait un jour guéri dune blessure avec son merveilleux onguent, et ce nest pas elle quil eût fait déloger du bois où elle avait élu domicile.