En effet, le petit chat, tout épouvanté par la présence de la louve, se blottissait, frémissant, dans les bras de la fillette.

Nounou, cependant, ne paraissait pas se préoccuper beaucoup de sa trouvaille; elle sétait étendue sur la mousse, comme une bête absolument éreintée, qui a eu beaucoup à faire.

Peu à peu, sous les caresses de lenfant, le minet se rassura et sendormit, pelotonné sur ses genoux.

Dans la crainte de léveiller ou de leffrayer, la Moucheronne nosait faire un mouvement et elle demeura ainsi longtemps, se demandant, songeuse, si son nouvel ami allait rester avec elle, ou se sauver dans les bois dès quil se verrait libre; elle se demandait aussi de quelle manière elle le déroberait aux regards de Favier, car Favier était aussi brutal avec les animaux quavec elle.

Lorsque la nuit tomba, enveloppant la forêt tout entière dun voile sombre, Nounou secouant sa paresse retourna à la maraude; la Moucheronne, loreille toujours au guet dans la crainte que Favier napparût soudain, rentra dans la cabane, alluma la chandelle, prépara sur la table du pain, du vin et de la viande froide pour lheure où le maître rentrerait, et, comme ils ne soupaient jamais ensemble, elle se coupa à elle- même un morceau de pain et de viande.

"Et lui?" pensa-t-elle en voyant le petit chat qui miaulait en dilatant ses narines pour humer lair.

Dans son ignorance, elle alla cueillir un peu dherbe fraîche et parfumée quelle offrit à son nouvel ami; mais celui-ci, après lavoir flairée, fit le gros dos et séloignant, trouva sur son chemin le repas de la Moucheronne: il nattendit aucune permission pour mordiller le pain et surtout la viande.

"Ah! cest cela que tu manges? dit la fillette, tant mieux, nous partagerons notre nourriture."

Ainsi eut lieu leur premier dîner en tête à tête. La Moucheronne fut dabord très intriguée du bruit singulier qui se produisait dans le gosier de son petit compagnon, mais elle finit par comprendre que cétait un signe de satisfaction et elle en conclut que la jolie bête ne se trouvait pas trop malheureuse de son changement de vie. Lorsque tout fut dévoré par eux deux, jusqu'à la dernière miette, le chat témoigna sa joie par mille cabrioles et câlineries qui amusèrent la fillette.

Cette enfant qui ignorait le rire et même le sourire, eut un instant de gaieté véritable, et les pauvres murs de la masure durent sétonner prodigieusement des éclats jeunes et frais quils recueillirent ce soir-là pour la première fois.