Cétait elle qui, le matin, faisait le petit ménage, mettait en ordre la maisonnette, trayait la chèvre, et préparait lhumble repas. Puis, elle aidait Manon à shabiller, cueillait les herbes que lui indiquait la vieille femme, lavait et raccommodait le pauvre linge.
Elle avait quelques instants de récréation, car Manon ne souffrait pas que la fillette sépuisât au travail comme du temps de Favier; la Moucheronne profitait donc de ses loisirs pour courir dans le bois avec Nounou ou bien pour songer seule ainsi quelle aimait à le faire. Une pensée inquiétante la poursuivait, cependant, au milieu de la quiétude de ses jours et de ses nuits, et jetait un voile sombre sur sa nouvelle existence: elle était une meurtrière puisquelle avait tué.
Manon lui avait fait comprendre que Dieu seul a le droit de disposer de la vie et de la mort, et que la vengeance, même celle qui défend un être cher, est chose condamnable.
La Moucheronne y rêvait souvent.
Certes, elle ne regrettait pas la flagellation quelle avait infligée à son bourreau, mais ensuite… devait-elle lui donner la mort?…
Elle le voyait sans cesse, surtout la nuit, venir à elle comme un fantôme, râlant, brûlé, et implorant miséricorde.
Elle navait pas eu pitié, elle avait tué.
Il est vrai que si elle avait pris une vie, elle en avait sauvé une autre quelque temps auparavant; dans la forêt, elle avait détourné un jeune cavalier du guet-apens qui lattendait. Hélas! elle nen était pas moins une meurtrière, même pour avoir voulu faire justice, et cette marque terrible, quelle croyait imprimée à jamais sur son front, lui était un supplice. Aussi, dès quune occupation absorbante ou pénible ne la captivait plus, la Moucheronne songeait à tout cela.
Lhiver succéda à lautomne, puis le printemps reparut et lenfant se sentit le cur plus léger, car il est doux de recevoir les premières caresses du soleil et de la brise attiédie.
Un soir, au déclin du jour, Nounou qui avait été en chasse toute laprès-midi, revint auprès de sa jeune maîtresse quelle se mit à tirer par sa jupe de toutes ses forces. Elle revenait sans gibier, et elle devait avoir vu quelque chose détrange dans la forêt, car ses yeux semblaient vouloir parler.