"Quy a-t-il, Nounou? dit la fillette en la flattant de la main et en abandonnant son ouvrage. Est-ce encore une troupe de chasseurs qui tauront poursuivie?"
Et fronçant le sourcil, elle inspecta de lil le poil de sa fidèle compagne.
Mais Nounou navait pas été touchée et elle fit entendre un petit grognement dimpatience en tirant de plus belle sur le pauvre jupon fripé.
"Faut-il donc que jaille avec toi? fit lenfant qui entendait ce langage muet."
La louve alors la lâcha et bondit en avant, se retournant seulement pour voir si la jeune fille la suivait. La Moucheronne se mit en marche avec elle.
Arrivée à un certain carrefour où les arbres séclaircissaient, lanimal sarrêta et poussa un nouveau grognement qui, cette fois, pouvait passer pour de la satisfaction.
Alors la Moucheronne aperçut, étendue à terre et sans mouvement, une jeune fille de son âge ou à peu près, mais plus petite et plus frêle quelle.
La pauvre créature était sans doute malade ou blessée et probablement égarée dans ce bois peu fréquenté. Sa tête fine et pâle était renversée dans un flot de cheveux dor soyeux et bouclés; son costume était riche et élégant; sa petite main gantée tenait encore le manche dun fouet mignon; enfin, à quelques pas, un âne dAfrique attelé à une voiture légère comme un joujou, attendait philosophiquement la fin de laventure; son brancard était brisé, et une des roues de la petite voiture en fort mauvais état. Evidemment, il était arrivé un accident dont la jeune fille blonde était la victime.
A la vue de la louve, lâne manifesta une vive frayeur, mais il ne put se débarrasser de ses entraves, et finit par se rassurer en constatant que le gigantesque animal ne paraissait pas faire attention à lui.
" Est-ce quelle serait morte? murmura la Moucheronne en se penchant sur lenfant toujours inanimée. Cest une petite fille comme moi, de mon âge peut-être."