Et elle ajouta dans un élan de naïve admiration:
" Je nai jamais rien vu daussi joli!"
Elle osait à peine leffleurer de ses petites mains brunes; et cependant, il fallait bien agir.
La Moucheronne était forte, cétait le cas duser de sa vigueur; elle souleva dans ses bras la fillette toujours évanouie qui, par bonheur, se trouvait légère et facile à porter; néanmoins la Moucheronne pliait sous le poids; elle parvint enfin à la coucher dans la petite voiture, et elle rattacha comme elle put les brancards et la roue; puis elle prit lâne par la bride afin de le guider jusque chez Manon.
Il fallut aller très lentement à cause des avaries occasionnées au mignon véhicule, et puis, le pauvre âne tremblait de tous ses membres en se sentant escorté par la louve qui, pourtant, ne daignait pas soccuper de lui. La petite troupe arriva avec beaucoup de peine à la maisonnette, et grande fut la surprise de Manon en voyant sa petite amie revenir en cet équipage. Quoiquelle ne fût pas ingambe, elle aida la Moucheronne à transporter la malade sur son lit, et elle la fit revenir à elle grâce à quelques gouttes délixir quelle glissa entre ses dents serrées.
La jeune fille ouvrit de grands yeux bleus pleins de douceur et de langueur, mais elle ne questionnait ni ne se plaignait, et son regard allait, étonné, de la vieille femme à la Moucheronne et de la Moucheronne à la louve.
Elle navait pas peur; elle devinait quon ne lui voulait que du bien.
" Où souffrez-vous, mon enfant? lui demanda Manon qui ne voyait aucune trace de blessure sur le visage et sur les bras de la fillette.
" Je crois que cest au pied gauche; je ne puis le remuer et jy ressens une douleur aiguë.
" Voyons cela."