I
Au Collège Venceslas,
Huit heures du matin: l'heure de la classe.
Jean monte allègrement sur l'estrade et s'installe.
UN ÉLÈVE (s'approchant).—Pardon, Monsieur... M. le Directeur ne vous a pas remis un cahier pour moi?
JEAN.—Non, pourquoi?
L'ÉLÈVE.—M. le Directeur m'avait demandé mes notes, hier soir. Il devait me les rendre ce matin.
JEAN.—Quelles notes? Celles que vous prenez à mon cours?
L'ÉLÈVE.—Oui, Monsieur.
JEAN (le congédiant).—On ne m'a rien apporté.
Sur les bancs, un bouillonnement de cuve qui fermente. Il faut quelques minutes pour que les individualités, éparses depuis la veille, s'agglomèrent à nouveau. Les têtes se dressent et s'abaissent. Puis l'ordre renaît. Quelques pensées parasites semblent bien encore voleter par-ci par-là, à la surface. Mais le silence s'établit: la masse est étale.
Jean, levant les yeux, heurte cinquante regards convergents vers lui. Il se sent cloué à sa chaire par ce faisceau d'attentes braquées. Muette injonction, qui accélère les battements de son cœur et déclenche son élan.