JEAN.—Je vous demande aujourd'hui, Messieurs, une attention plus soutenue que jamais.

Il respire largement, enveloppe sa classe d'un coup d'œil de conquête, et poursuit.

Nous avons terminé l'autre jour, l'ensemble des leçons que je désirais consacrer à l'origine des espèces. Je sais que vous avez compris l'importance de ce problème capital. Mais je ne puis me résoudre à clore ce chapitre de notre cours, sans un regard en arrière, sans une courte récapitulation des points qui me paraissent...

La porte s'ouvre; toute la classe est debout. Le Directeur entre.

Jean s'est levé, surpris.
M. l'abbé Miriel, directeur du Collège Venceslas:

Un prêtre de soixante ans passés. Grande aisance d'allure, malgré son âge et sa forte charpente.

Un masque fin, quelque peu empâté. Le front dégarni et taché de rousseurs. Entre des paupières qui se lèvent et qui s'abaissent très vite, un regard pâle, d'une lucidité avertie et sans indulgence. Sur les lèvres minces, un sourire d'enfant, factice peut-être, mais d'un grand charme.

LE DIRECTEUR (aux jeunes gens).—Asseyez-vous, mes enfants.

Je vous prie de m'excuser. Monsieur Barois: j'avais oublié de rendre ce cahier à l'un de vos élèves... (Sourire bonhomme.) Et, ma foi, puisque je suis entré, l'envie me prend de ne pas m'en retourner sans tirer quelque profit de ma visite... Voulez-vous me permettre d'entendre un peu de votre leçon du jour?—... Non, non, ne vous dérangez pas. (Il avise un banc vide, en retrait.) Je serai très bien là... (S'asseyant.) Et je vous en prie, que ma présence ne change rien à vos habitudes...

Jean a rougi, puis pâli.