Eh bien, tu en es là, exactement. Tu es, depuis cet automne, dans un état de ... faiblesse générale, qu'il est urgent ... très urgent de...

Jean, épouvanté tout à coup, glisse du banc et se jette au-devant de son père, qui le serre maladroitement contre lui.

LE DOCTEUR.—N'aie pas peur, mon petit, n'aie pas peur, je suis là...

JEAN (à travers ses sanglots).—Oh, je n'ai pas peur... J'ai déjà rêvé ... que j'étais au ciel...

Le docteur l'écarte d'un geste brusque, et le plante devant lui.

LE DOCTEUR (violemment).—Il ne s'agit pas de mourir, Jean, mais de vivre. Tu peux te défendre, défends-toi!

Le gamin, interloqué, cesse de pleurer. Il regarde son père. Il aurait aimé à être pris sur les genoux, câliné. Il se heurte à l'éclat froid d'un lorgnon.

Un sentiment nouveau: de la crainte, un peu de rancune; mais—l'ascendant de l'intelligence et de la force,—une confiance absolue, une foi.

LE DOCTEUR.—Tu ne sais pas... Un corps humain, ça nous paraît harmonieux, ordonné?... Eh bien, ce n'est qu'un vaste champ de bataille... Il y a là des myriades de cellules qui se heurtent et s'entremangent... Je t'expliquerai ça... Sans cesse, des millions de petits êtres nuisibles nous assaillent, et parmi eux, naturellement, la tuberculose, qui guette les prédisposés comme toi... Alors, c'est très simple: si l'organisme est fort, il repousse l'attaque; s'il est déprimé, il se laisse envahir...

(Saisissant le bras de Jean, et scandant les mots.) Il n'y a donc qu'un moyen, un seul: devenir fort, le plus vite possible, pour reprendre le dessus. La guérison est à ta portée, il suffit de la «vouloir»! Attelle-toi à cette besogne! C'est uniquement une question d'énergie, de persévérance... Comprends-tu?... L'existence tout entière est un combat; la vie, c'est de la victoire qui dure... Ah, comme tu t'en apercevrais bientôt, si tu «voulais» vraiment!