Continue.

JEAN.—C'est là que je veux placer le tableau, dont je t'ai parlé: La nation française, actuellement divisée en deux camps bien tranchés: d'un côté, les incrédules; de l'autre, les croyants.

Les incrédules, qui comprennent tout le prolétariat, déjà cité, et tous les intellectuels. Majorité numérique incontestable. Puis...

ZOEGER.—Ajoute donc, parmi les incrédules, les demi-instruits, les «Homais»; il y a là une réhabilitation à ébaucher... Il est vraiment trop facile de les ridiculiser, ces malheureux, parce qu'ils n'ont pas eu le loisir d'appuyer sur des études véritables leur crédulité instinctive, et que pourtant, par leur simple bon-sens, par le seul équilibre de leur santé morale, ils sont irrésistiblement poussés vers les solutions moins confuses de la science.

JEAN.—Oui, très juste.

Quant aux croyants, ils sont naturellement recrutés parmi les deux classes conservatrices: paysans et bourgeois. Les paysans vivent loin des villes, dans un cadre immuable où les traditions se perpétuent toutes seules. Les bourgeois, eux, sont en réaction systématique contre toute évolution; ils sont intéressés à la conservation intégrale de l'ordre établi, et particulièrement attachés à l'Église catholique, qui musèle depuis des siècles les appétits des déshérités; de plus, ils ont l'habitude d'expliquer la vie par des formules toutes faites, et leur bien-être serait compromis s'ils y laissaient pénétrer le doute...

Mais, entre ces deux camps distincts, oscille un nombre considérable d'indécis, écartelés entre les exigences de leur logique...

(On frappe. Avec impatience.) Entrez!

UN DOMESTIQUE.—Here is the mail, Sir...

JEAN.—Mettez ça là, je vous prie.