BAROIS (du fond de la pièce, frémissant).—Entendu!
Ils se regardent en souriant. L'ironie n'a pas de place ici, ce soir.
Quelques minutes d'expansion. Du premier coup, les cloisons étanches ont cédé: venus pour fusionner, le premier tressaillement de l'un d'eux les unit.
Zoeger s'avance au centre du groupe: son visage oriental est plus jaune que jamais. Une apparence de timidité: sourire indécis, geste gêné et court;—mais, au creux des orbites, dans l'ombre mordorée des paupières qu'il plisse comme on bande un arc, ses prunelles noires, mouvantes, fiévreuses, implacables.
ZOEGER.—Voyons, asseyons-nous. Procédons avec un peu d'ordre. Il manque?
BAROIS.—Portal.
Sourires sympathiques.
ZOEGER (sans indulgence).—Nous ne l'attendrons pas.
Il se trouve installé au bureau de Barois, comme s'il présidait.
Harbaroux s'est assis près de lui: il veut prendre des notes.
Cresteil, pour gesticuler plus à l'aise, demeure adossé à la bibliothèque, le front haut, les bras croisés, drapé dans sa redingote comme un demi-solde.
Roll, le typographe, s'est carré dans un fauteuil de jonc: il regarde, il écoute. Ses doigts, par contenance, tortillent sa moustache de jeune ouvrier parisien.