Trois ans plus tard.
Une cellule carrelée derrière la sacristie. Éclairage bas d'un jour de souffrance. Deux chaises, deux prie-dieu. Au mur, un christ.
L'abbé Joziers: un visage jeune; le front haut, déjà découvert; des cheveux blonds, coupés courts et frisés. L'œil gai et pur: la paix d'une foi simple et active. La lèvre supérieure mince et grave; la lèvre inférieure charnue, d'une ironie un peu provocante, mais cordiale.

Dans le regard, dans le sourire, le joyeux défi de ceux pour qui tout est définitivement éclairci en ce monde comme en l'autre, et qui se sentent avec sérénité les seuls dépositaires du Vrai.
L'abbé Joziers clot soigneusement la porte et se tourne vers Jean, les deux mains tendues.

L'ABBÉ.—Eh bien, l'ami Jean, qu'y a-t-il donc? (Gardant la main de Jean dans la sienne.) Asseyez-vous d'abord.

Jean Barois: quinze ans.

Grand, souple et charpenté. Le buste large; le cou dégagé et solide.

Une tête vigoureuse; un front carré, bordé de cheveux bruns, drus et durs. Entre les paupières courbes, légèrement plissées, qui marquent une attention vigilante, luit un regard vif et direct: le coup d'œil pénétrant de son père.

Le bas du visage est encore d'un enfant. La bouche, peu formée, mobile, change à tout instant; le menton au galbe rond, dissimule la lourdeur de la mâchoire.

Une volonté tranquille et tenace, résultat de cette lutte acharnée: quatre ans d'obstination méthodique vers la résurrection, quatre ans d'épouvantes et d'espoirs. La vie pour enjeu!

Mais la bataille est gagnée.

L'ABBÉ.—Eh bien?