BAROIS (souriant).—Non, nous en avons pris l'initiative ensemble...
Mais je voulais dire ceci: l'idée était dans l'air. Elle répond à une série de besoins particuliers, qui sont les mêmes pour nous tous. Les uns comme les autres, nous sentons que nous avons quelque chose à dire, que nous avons un rôle à tenir.
CRESTEIL (sombre).—Oui, le moment est venu de donner à notre vie intellectuelle un retentissement social!
Pas un sourire.
BAROIS.—Et pourtant, dès que nous cherchons à nous exprimer, à rendre le public témoin de notre effort, nous nous heurtons, comme de simples débutants, à des coteries établies, à des agglomérations de fonctionnaires littéraires, qui se sont fait un monopole de penser et d'écrire, qui ont accaparé jusqu'aux moindres porte-voix, et ne se les laissent plus arracher des lèvres! N'est-ce pas vrai?
ZOEGER.—Le seul remède: créer nous-mêmes notre organe d'expansion.
HARBAROUX.—C'est un problème d'ordre économique: pouvoir écouler sa production, sans user son temps à des démarches...
BAROIS.—... qui échouent...
CRESTEIL.—... et à de fausses camaraderies, qui avilissent!
BAROIS (posément).—Nous n'avons plus vingt ans, nous venons de passer la trentaine. C'est très important. L'ardeur qu'aujourd'hui nous mettons, d'abord à consolider, ensuite à imposer et à défendre nos idées, ce n'est plus un trop plein de jeunesse qui mousse et qui déborde: c'est la flamme même, l'essence de nos sensibilités; c'est l'attitude résolue et définitive que nous avons prise dans la vie.